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Pour une république souveraine laïque et sociale

Un rassemblement des souverainistes, mais pour quoi faire ?

Par Sandro Hiracaz, le 4 mai 2019

Le Mardi 16 Avril 2019, à la suite à plusieurs rendez-vous moins formels au plus fort de la crise des « Gilets Jaunes » fin 2018 et début 2019, une conférence a été organisée par l’Union Nationale Citoyenne (UNC), mouvement d’ inspiration gaulliste fondé par des dissidents du parti de Debout la France, suite à la décision de Nicolas Dupont-Aignan, candidat et personnalité phare du mouvement, de faire une alliance avec le Front National dans l’entre-deux-tours de la campagne présidentielle de 2017[1].

Si ces initiatives sont toujours l’occasion de se convaincre que les différents mouvements souverainistes sont capables de se parler au delà de leurs petites chapelles, cette conférence montre les limites d’un débat principalement orienté autour des modalités de rupture avec l’Union Européennes : Frexit, désobéissance aux traites, sortie des traités ou Europe des Nations sont autant de stratégies qui divisent les souverainistes sur une question de moyen et non de fin politique. Afin d’éviter l’impasse dans laquelle va se retrouver tôt au tard l’Union Populaire Républicaine (UPR) de François Asselineau, qui ne parle que modalités juridiques et jamais de projet de société, qui serait trop « clivant » selon lui, il serait urgent de définir des grandes lignes républicaines communes autour de trois piliers – souveraineté nationale, justice sociale et laïcité – qui, à défaut, risquent d’être étouffés par un rassemblement plus fait de juridisme que d’idées.

 

Morceaux choisis :

 

Alors que la plupart des esprits sont occupés par l’incendie de la toiture de la cathédrale de Notre-Dame de la veille, Eric Raoul-Duval (UNC) introduit la conférence :

« A travers le drame de l’incendie, nous espérons que les Français retrouveront le goût du bien commun et le sens de notre Histoire et que l’on cessera d’avoir honte d’être Français. »

Il recommande également le site UNACIT.fr, où s’expriment des personnalités « souverainistes » comme Polony, Onfray, Sapir, Kuzmanovic, Philippot, Hureaux, Jamet…

 

Julien Aubert (Les Républicains) souhaite maintenir la construction européenne mais la restreindre à un périmètre raisonnable d’une dizaine de pays de l’Europe de l’Ouest au niveau de vie « proche » avec à terme l’idée d’une Europe des nations à terme.

« Nous devons aboutir à une Europe où c’est la France qui compte. L’idée d’une construction européenne n’effraie pas les concitoyens, au contraire de l’idéologie actuelle de l’Union Européenne et sa commission. (…) Il y a un affectio societatis en Europe en ce qui concerne la civilisation. (…) Nous devons y aller à tâtons sur la sortie de l’Euro. »

 

Florian Philippot (Les Patriotes) représente l’autre mouvement parmi les invités qui auront une liste aux prochaines élections européennes. Tout comme son rival Asselineau de l’UPR, il souhaite le Frexit par l’application de l’article 50, en évoquant l’impossibilité d’autre Europe à cause des traités qui ne se changent qu’à l’unanimité.

« Le Frexit ne pourra se faire que sur un très largement rassemblement. (…) Etre Français, c’était avoir les larmes aux yeux quand l’incendie a pris la toiture de Notre-Dame de Paris. Croyants, agnostiques, athées, nous sommes unis par notre patrimoine. Alors, il est le moment de reparler de peuple et de démocratie. (…) Il n’y a aucune rationalité à exclure du périmètre de l’Etat certaines activités. Il y a trop d’idéologie et pas assez de pragmatisme. L’Etat doit battre sa monnaie. Appartenir à la zone Euro est plus nocif que profitable ».

 

Jacques Cheminade (Solidarité & Progrès) est un ex-candidat à la présidentielle de 2017, mais il ne présentera pas de liste aux européennes. Il envisage de sortir de l’UE, de l’Euro et de l’OTAN mais en passant par l’intermédiaire d’une Europe des Nations libres et indépendantes au niveau monétaire.

« Je suis Français, souverainiste et européen de civilisation. Je suis pour la sortie de l’UE, de l’Euro et de l’OTAN, mais pas pour un brutal saut dans la vide. Je suis favorable à une Europe des Etats, celle que voulait bâtir Charles De Gaulle : une alliance de Républiques souveraines avec chacune leur indépendance monétaire. (…) Le libéralisme qui veut la libération des échanges a toujours été moins nocif que le néolibéralisme qui veut la libération des marchés. Dans le premier cas, l’Etat peut toujours intervenir alors que dans le second, il a interdiction de régulation. »

 

Djordje Kuzmanovic (République Souveraine) a créé son parti très récemment après l’éviction de nombreux tenants du courant souverainiste, républicain et laïque de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Il souhaite sortir des traités européens sans passer par les procédures juridiques des dits-traités qui pénalisent le Brexit de la Grande-Bretagne. Si élu, c’est la souveraineté nationale et populaire qui s’exprimera pour faire fi des traités actuels, idée soutenue par le référendum de 2005 qui avait pourtant dit « non » aux traités en question.

« Je souhaite rendre hommage aux pompiers et aux policiers qui ont sauvé Notre-Dame et rappeler qu’entre le général le plus haut gradé à la tête des opérations et le soldat du feu qui tient la lance, il y a un rapport de 1 à 5 en ce qui concerne les salaires. Un écart entre PDG et ouvrier ou salarié qui est nettement plus important dans les multinationales. Karl Polanyi a dit qu’il y a eu un transfert de pouvoir des Etats vers les grandes multinationales. (…) Il est clair que l’UE et l’Euro nuisent. Il faut se préparer à une sortie de l’UE, au moins à son effondrement. (…) Nous pouvons nous inspirer du MORENA au Mexique. Ce parti a réussi à unir les petits patrons/industriels de droite avec le peuple des travailleurs, en excluant et en étant exclu par les gauchistes et les « droitistes ». »

 

Roland Hureaux (Mouvance France) a soutenu plusieurs mouvements souverainistes des deux rives au cours de sa vie politique.

« En 1999, lors de la guerre du Kosovo, il y a eu un désastreux effet de meute à la suite de l’Allemagne pour désigner la Serbie comme bouc émissaire. L’Allemagne était pourtant en train de régler un vieux compte avec la Serbie. On peut extrapoler avec la guerre en Syrie, suite aux rapports de l’Observatoire des Droits de l’Homme de la Syrie, proche du Qatar, des « Frères musulmans » et plus globalement du monde anglo-saxon. Il n’y a donc pas de coagulation militaire européenne sans désignation d’un ennemi commun. Aujourd’hui, cet ennemi est la Russie. Il y a donc une hystérie anti-Russie de l’OTAN de Washington, Londres et Bruxelles. C’est cette logique stupide de bloc qui mènera à la guerre et non cet argument-propagande qui voudrait que des Etats européens indépendants en dehors de l’UE actuelle iraient tout droit vers un conflit. Pour illustrer cette hypocrisie du bloc OTAN-UE, Paul Kagamé est présenté comme un dirigeant modèle en Afrique alors qu’il a des milliers de morts sur les bras. Ce ne sont pas les « nationalismes » qui font la guerre, ce sont les idéologies. »

 

Dominique Jamet (UNC), conclut le tour de table. Il envisage une Europe des Nations souveraines et indépendantes mais qui collaborent sur des projets concrets et au périmètre clairement défini.

« Non à l’Union Européenne, oui à l’Europe ! Nous sommes à six semaines des élections européennes. La doxa veut que ces élections soient très cruciales. Pourtant, on estime un taux d’abstention similaire aux autres années. Il n’y a malheureusement pas de liste de rassemblement des souverainistes capable de faire contrepoids. C’est la liste du président le plus impopulaire de la Vème République qui pourrait arriver en tête. Contrairement au CNR durant la Seconde Guerre Mondiale, tout comme pendant la IVème République, le parti Gaulliste et le parti Communiste ont été incapables de s’allier par la suite. Les droites restent obsédées par la réduction de la dépense publique, les gauches rejettent tellement le patrimoine et l’identité française qu’elles les laissent aux droites. (…) Après la crise des Gilets Jaunes, Macron est piégé par son caractère, son attachement au libéralisme le plus orthodoxe et le carcan de l’UE. »

 

Bien que pertinents, ces échanges entre initiés risquent d’être trop « puristes » pour nos concitoyens qui veulent une réponse concrète à la mondialisation qui apporte insécurité économique et climatique et à l’insécurité culturelle liée aux problèmes d’intégration.

 



[1] Elle s’est tenue à l’Institut National des Jeunes Sourds (INJS) de Paris, dans le 5ème arrondissement.

 

 

2 commentaires

  1. Eric RAOUL DUVAL dit :

    Cher Monsieur Hicaraz,

    Bravo pour ce tour d’horizon de cette rencontre. Vous écrivez à juste titre « Frexit, désobéissance aux traites, sortie des traités ou Europe des Nations sont autant de stratégies qui divisent les souverainistes sur une question de moyen et non de fin politique ». C’est très juste. Il faut pourtant garder courage et optimisme, espérer que l’essentiel prévaudra sur l’essentiel car la souveraineté de la France et notre cohésion sociales sont en jeu. Nous continuerons notre mission de « rapprochement » progressif.
    bien amicalement

  2. Eric RAOUL DUVAL dit :

    li fallait bien sûr lire « l’essentiel prévaudra sur l’accessoire »

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