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Pour une république souveraine laïque et sociale

Réflexions en réponse à l’assassinat de M. Samuel Paty

Par Yvan Lebreton, le 1 novembre 2020

La mort de Samuel Paty a suscité en moi un sentiment d’horreur et inspiré quelques réflexions que je voudrais partager.

            D’abord un sentiment d’horreur devant ce crime hélas inlassablement répété dans l’histoire humaine : un homme en tue un autre par pure haine. Mais le « mode opératoire » – égorgement, décapitation au couteau – glace le cœur par sa sauvagerie primitive, sauvage ou barbare – on cherche les mots justes…

            On ne peut ignorer la dimension religieuse de cet acte terroriste. C’est un islamiste fanatique qui perpètre cet assassinat épouvantable, pour venger son prophète et son dieu. (J’écris « islamiste », pas « musulman » !)

            Pourtant c’est la dimension politique qui peut-être prévaut. En effet, l’islamisme connaît une autre dénomination : l’islam politique, qui prétend imposer ses codes et ses dogmes à une société laïcisée, à une société qui a connu le conflit de la foi avec la science, la confrontation au XVIIIè siècle de l’hétéronomie avec l’autonomie de la pensée, et qui a conclu en faveur de l’autonomie de la pensée humaine, capable de fonder la loi sociale. Les Frères musulmans et les salafistes concourent à une subversion de la société française, qui a certes plus ou moins bien accueilli les nouveaux arrivants. Leur but est connu, documenté, accessible à qui cherche juste un peu en sachant lire : la domination ultime de l’islam sur le monde, en commençant par la France (pays qui a le plus fort pourcentage de musulmans en Europe de l’ouest). Le degré d’infiltration de l’islamisme dans toutes les institutions françaises (syndicats, partis politiques, communes, associations sportives, lycées et universités, médias…) est curieusement connu et méconnu, encore sous-estimé probablement.

            Hélas, la société française, laïcisée mais divisée, peine à « faire nation » : immigration rétive à l’assimilation, solidarité discrète entre religieux de toutes obédiences contre la laïcité, républicains laïcs qui veulent défendre l’idiosyncrasie de leur nation politique, et les gauchismes divers qui sont compréhensifs, bienveillants avec l’islam vu comme appoint dans la lutte contre le capitalisme, certains pactisent avec les islamistes (NPA, une partie de LFI, l’UNEF, et même le Planning familial etc).

            Face à l’islamisme les élus sont pétris de trouille ! Il semble qu’ils n’ont plus qu’une trop vague idée de ce que sont une « nation », une « civilisation », notions qu’ils ne peuvent donc défendre en pleine conscience. Paradoxalement, sous la contrainte de la bien-pensance, ils s’empressent de reconnaître la civilisation de l’Autre pour éviter d’être taxés de racistes et d’islamophobes. On peut hélas encore ajouter que les élus, droite et gauche confondues, verts inclus, pactisent volontiers, là où c’est possible, avec les islamistes pour leurs (ré)-élections, livrant leurs administrés au désarroi, à la dépolitisation, et les poussent vers l’extrême droite, quand ce n’est pas au déménagement… A mes yeux, ce type de clientélisme représente une trahison à l’égard de la nation et de ses principes républicains !

            Samuel Paty était professeur et, à travers lui, c’est l’éducation nationale qui était visée, ciblée comme ennemie. La figure du « hussard de la République » semble lointaine, désuète, appelant une sorte de sympathie distraite. Il ne faut pas s’en moquer trop vite. Historiquement, ces hussards ont dû batailler contre l’obscurantisme catholique ; et ils ont incarné une certaine « sainteté laïque », une vertu politique et morale très respectable, plus vertueuse semble-t-il que celle de bien des curés. Nous jouissons aujourd’hui de l’émancipation intellectuelle et morale à laquelle ils ont participé patiemment – qui voudrait vivre selon les préceptes catholiques en matière intellectuelle, amoureuse et sexuelle ? La force et la beauté de leur « geste » ont pris la glorieuse patine du mythe – non sans rapport avec la réalité.

            Reste-t-il des hussards en notre XXIè siècle ? Au premier abord on a envie de sourire. Mais, à la réflexion, Samuel Paty, à ses risques et périls, jusqu’à en mourir, n’a fait que son devoir d’enseignant, il n’a fait qu’appliquer le programme : développer l’esprit critique de ses élèves, leur faire comprendre ce qu’est une caricature (ses codes, son ambiguïté, son implicite, ses éléments référentiels, son outrance comique etc), il a participé à la construction de citoyens libres en élevant la capacité de compréhension de ses élèves, en les faisant accéder au « commun » intellectuel et culturel de la France. Samuel Paty avait des adversaires, ou plutôt des ennemis, les islamistes, qui l’ont mis à mort dans d’atroces circonstances pour lui, et peut-être plus atroces encore pour sa famille qui sera hantée et horrifiée des années durant par des images insoutenables ! Au fait, pourquoi pas « martyr » ?… Il est mort pour une cause parmi les plus nobles qui soient : la liberté de penser, l’accès au savoir, la capacité d’apprendre et de comprendre, c’est-à-dire tout ce qui constitue la dignité et les joies de l’existence !

            Il apparaît que l’école n’est plus protégée, envahie qu’elle est par des forces parfois hostiles et virulente. On pense à une expression elle aussi tombée en désuétude : « l’école sanctuaire ». J’entends un certain rire spontané à cette idée, appuyée qui plus est sur un terme religieux. Cette idée a pourtant été suggérée par les plus grands esprits, je pense notamment à Camus et son Monsieur Germain, instituteur d’Albert, qui ouvrait un monde inconnu, qui séparait, pendant le temps de l’école, l’enfant – devenu élève – de sa vie ordinaire, de sa famille, de son univers environnant ! Un sanctuaire ferme à l’ordinaire et ouvre à l’extraordinaire, il fait passer du profane à ce qui est séparé – une définition possible du « sacré » –, du spontané trivial à ce qui fait valeur supérieure, du connu à l’inconnu (bientôt connu et reconnu), de la spontanéité à la réflexion, de la pulsion à la patience, du désir immédiat à la jouissance différée que donnent la connaissance et la compréhension ! Pour toutes ces opérations délicates qui transforment l’individu en citoyen, il faut un cadre respectable et respecté, alors on peut métaphoriser ce lieu en disant « sanctuaire ». L’une des plus profondes revendications des enseignants est celle-ci : ramener le calme dans les classes, pouvoir créer les conditions de l’apprentissage, et ne plus avoir à lutter contre les élèves pour leur donner ce dont ils ont besoin et dont pourtant souvent ils ne veulent pas !Nous savons que désormais l’école est envahie par le profane, par le monde extérieur, par l’infini « divertissement » que propose les téléphones portables, les marques, et maintenant l’islamisme revendicatif et agressif.

            Si l’idée de « sanctuaire » peut encore être défendue, on peut considérer que les autorités n’y sont plus guère sensibles. D’ailleurs celles-ci sont divisées : le rapport Obin qui exposait les difficultés liées à l’islamisme dans l’école a été hâtivement mis au placard en 2004, mais en est ressorti en 2020 devant les faits qui sont têtus, jusqu’à la tragédie qui a frappé Samuel Paty. Les ministres et les inspecteurs généraux, les recteurs d’académie, les proviseurs de lycées et principaux de collèges préfèrent le « pas de vagues ». La démagogie s’oppose volontiers à l’idée de sanctuaire : Jack Lang disant « L’école, c’est un lieu de vie » ne faisait pas qu’énoncer un truisme, il détruisait l’idée d’une école sanctuaire, il parlait dans l’esprit du très libéral Mac-Do, « Venez comme vous êtes ! », l’école est à vous ! Alors, pourquoi les élèves feraient-ils des efforts pour devenir adultes et citoyens accomplis, pourquoi se retenir, se contenir, observer une certaine réserve si la spontanéité semble non seulement suffire mais être valorisée ?…

Au-delà de la douleur qui nous étreint, de la colère qui peut nous animer, je voudrais exprimer une espérance : que la mort de Samuel Paty permette une prise de conscience politique de ce qui ronge l’école et la France, et donc ouvre un moment de réflexion pour que les Français redécouvrent ou réaffirment les valeurs et les vertus de nos principes républicains appliqués à leur pays, à leur école, au profit de leurs enfants et de tous les citoyens !

 

Un commentaire

  1. Gariel dit :

    Le 1er rapport Aubin paru en 2006 tirait déjà la sonnette d’alarme sur la pénétration de l’Islamisme au cœur de l’institution scolaire . Au nom du pas de vague qui pourrait renforcer le poids électoral du Front National, il a été classé sans suite .
    L’islamisme sera largement confronté par les islamo-gauchistes qui ont fait de l’islam et du musulman leur nouvelle figure de l’opprimé racisé , dans les théories fumeuses de l’intersectionnalité !
    Bien des élus de la République ont troqué des mosquées et autres largesses pour élargir leur marché électoral .
    Enfin, le CCIF s’est distingué par son djihâd judiciaire contre «  l’islamophobie » que nos tribunaux ont excellemment défendu, faisant ainsi peser une menace sur toute personne osant critiquer l’islam désormais sanctuarisé .

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