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Pour une république souveraine laïque et sociale

Mélenchon, tribunat de la plèbe et sacro-sainteté

Par Hoàng « Hamilton » Trận-Vận, le 29 octobre 2018

Hoàng « Hamilton » Trận-Vận nous écrit pour expliciter certaines phrases prononcées par Jean-Luc Mélenchon, injustement interprétées selon lui, qui renverraient plus à l’ascendance romaine du tribun qu’à l’arrogance qu’on prête au député des Bouches-du-Rhône.

À propos de l’affaire Mélenchon j’entends sur ce sujet tout un tas de personnes, journalistes, «intellectuels » , politiques , qui se gaussent de la réaction de Mélenchon durant sa perquisition. En particulier sa tirade : « ma personne est sacrée ! Je suis parlementaire ! » Puis sa réaction quand il est physiquement en contact avec les policiers et procureurs. Nombre de commentateurs se sont crus très pertinents en sautant sur l’occasion pour accuser Mélenchon de mégalomanie, d’hybris ou de se croire au-dessus des lois. Ces cuistres n’ont fait que prouver leur inculture classique et leur incapacité d’analyse psychologique. En effet ; si ceux-ci avaient étudié le personnage et avait suivi les cours d’Histoire de 6ème sur Rome, ils auraient su que Mélenchon se voit et se pense comme un tribun de la plèbe. On peut accuser Mélenchon de plein de choses, on peut lui être opposé, mais il y a une chose qu’on ne peut lui nier, il est doué d’une culture classique étendue.

Contrairement à nombre de politiciens, il possède une chose qui devrait, selon, moi être un prérequis à toutes prétentions politiques, surtout pour les hautes fonctions, les humanités. La pensée de Mélenchon et sa perception de son rôle politique est issue de sa Kultur, c’est-à-dire du socle de son environnement intellectuel. Celui-ci est licence ès philosophie et il est féru de culture gréco-latine. Donc il pense, malheureusement, comme de moins en moins de personnes, avec des concepts grecs, mais surtout latins. Et parmi ces concepts, il y a ceux qui définissent son identité dans son rôle de politique. Et celui que Mélenchon s’est choisi, c’est le Tribunat de la Plèbe. Savoir cela va permettre de comprendre la réaction de Mélenchon qui n’est pas un acte contre la République, d’orgueil , de mégalomanie ou de déraisons, mais bien un propos parfaitement logique et légal dans le cadre mélenchonien.

Quand il dit : « ma personne est sacrée ! Je suis parlementaire ! » Il réagit comme le prescrit le Jus Romanum, le fondement de notre droit, il réagit comme le ferait un tribun de la plèbe ! Car Mélenchon se voit comme un Tribun de la Plèbe Moderne, la république a changée, mais le principe républicain est le même , selon lui . Mais pour comprendre pourquoi il dit que sa personne est sacrée, il faut comprendre ce qu’est le tribunat de la plèbe, donc faire un peu d’histoire Romaine, comme l’a fait Mélenchon et comme devraient le faire les ceux qui pensent que leur avis est éclairé.

En -509, Rome devient une République. Mais rapidement, elle vire à l’oligarchie, les patriciens s’accaparant tous les pouvoirs au dépens du populus, et en particulier les plébéiens. Les patriciens sont la « noblesse » de Rome, ils sont les descendants des gents, soient des familles fondatrices de Rome ; en -753, la plèbe , ce sont les autres, tous les citoyens Romains .Pour prévenir les excès de ces patriciens , malgré l’organisation en magistratures, censées empêcher le retour à la monarchie, la plèbe fait sécession de Rome en -494 et réclame plus d’égalité. C’est ainsi que naît le tribunat de la Plèbe , « l’avocat du Peuple ». Située initialement hors le cursus honorum, la carrière des honneurs, soit la carrière politicienne , cette charge annuelle est collégiale et élective , via le concile plébéien. Mais elle indique que dès le début de la République Romaine ; le peuple s’est doté d’un personnage qui parlerait en son nom et qui pourrait contre balancer l’imperium, fut-il celui du plus haut magistrat régulier, le consul. Car il représentait la plèbe ; il est religieusement chargé, en plus de sa fonction temporelle, il est un personnage sacré , il est le peuple fait corps . Et nous arrivons au pourquoi Mélenchon à dit : « ma personne est sacrée ! Je suis parlementaire ! »
Comme parlementaire et comme tribun du peuple, il se voit détenant la sacro-sainteté. En effet, le tribun de la plèbe possède la puissance tribunicienne, soit la tribunicia potestas.
Ce qui implique comme prérogatives :

-Le rôle d’auxilium , il doit avant tout défendre les intérêts de la plèbe et venir en aide à tous les citoyens qui lui demandent .

-Le droit de veto, il possède la capacité d’intercessio, soit la faculté de stopper n’importe quelle décision judiciaire, exécutive ou législative, et ce, qu’importe le rang du magistrat à son origine.

-La justice tribunicienne, soit la faculté de sanctionner ceux qui s’opposent a leurs actions.

-La sacro-sainteté , leur personne physique est inviolable.

Et c’est ce dernier point qui va nous intéresser.

La sacro-sainteté tribunitienne signifie que la personne physique, qu’est le détenteur de cette charge, devient inviolable sous peine de mort. Car le tribun est le peuple, donc attenter à un tribun physiquement, c’est attenter au peuple lui-même, donc un crime de lèse majesté, toute personne qui lève la main sur un tribun, fut-il magistrat pouvait être condamné à mort, a la roche tarpéienne notamment. Sacro-sainteté, c’est sacrosanctus chez les latin, c’est-à-dire ce qui est déclaré inviolable, qu’on ne peut toucher. Cette prérogative tribunitienne, qui sera captée par Auguste quand celui-ci instaura le Principat, était un moyen d’empêcher physiquement l’action des autres magistrats, ainsi, le tribun se mettait physiquement devant le magistrat pour empêcher son action. Cette action se nomme l’intercessio, issue du jus intercessionis , même un consul ne peut toucher un tribun . Or, Mélenchon se croit Tribun de la plèbe, Mélenchon a un mandat parlementaire, donc Mélechon se voit comme dépositaire des prérogatives tribunitiennes ; donc pour lui, le toucher de manière hostile, c’est toucher à la personne sacrée, non pas de Mélenchon l’individu , mais de Mélenchon le symbole du Peuple, l’allégorie de la plèbe française. Et c’est encore plus vrai quand il fait face a un procureur, ou il est donc en opposition physique a un magistrat, comme jadis le tribun face aux magistrats. C’est donc un crime symbolique contre le peuple dans son logiciel, c’est même pour cela qu’il dira ensuite : la République, c’est moi ! Soit, la chose publique, c’est moi !

Il ne veut pas dire l’État, c’est moi, comme individu, mais la République est représentée par ma personne ; mais pas uniquement, car la République est une idée, elle est donc douée d’ubiquité, tous les élus sont censés être la République. Donc, pour Mélenchon, attenter au corps d’un élu, c’est attenter à la République, attenter à son corps, c’est attenter au peuple . 
Et comme le peuple est la source de tous les pouvoirs, il est sacré.
Donc sa personne est sacrée. CQFD.

3 commentaires

  1. Antoine dit :

    Si cette explication est peut-être juste (ce dont je doute, car je n’ai pas entendu l’intéressé l’invoquer), elle reste assez loufoque malgré tout. Pourquoi Mélenchon choisirait-il de s’identifier à un personnage de la République romaine ? Croit-il qu’il y a des parallèles entre cette époque et la nôtre, et si oui, lesquels ? (technologique ? économique ? social ? juridique ? diplomatique ? culturel ? religieux ?)

    En réalité (et non dans les rêves de ses exégètes) Mélenchon est un député à l’égal des 576 autres qui composent l’Assemblée Nationale. Il n’y a aucune raison de penser qu’il serait sacré, ou alors tous les députés sont sacrés à l’identique. Et penser que les députés seraient sacrés du fait que le peuple ou la République sont sacrés, c’est faire une erreur grossière de logique, en prenant la partie pour le tout.

    Par ailleurs, si les élus représentent la République, les fonctionnaires de police et de justice représentent eux aussi l’autorité républicaine. Quelqu’un qui dit sacraliser la République devrait commencer par se retenir de leur vociférer au visage.

    C’est au contraire un mépris de la République qu’a montré Mélenchon dans cette séquence. Il a fait passer son fantasme de toute-puissance avant le respect dû aux représentants de l’État dans l’exercice de leurs fonctions. Il s’est comporté, non en homme politique républicain, mais en gauchiste immature qui conchie les institutions dès qu’elles vont à l’encontre de ses ambitions, le tout en se livrant à une provocation assez honteuse qui visait manifestement à pousser les fonctionnaires à la faute et à créer le scandale.

  2. Gabriel dit :

    On attend une seconde partie qui nous expliquera pourquoi feindre d’ignorer le droit pour provoquer les réactions hystériques des militants LFI et feindre de perdre son sang froid aux dépens des fonctionnaires publics est une position éminemment intellectuelle dont ces « cuistres » de journalistes ainsi qu’une très large partie de la population n’ont su saisir la finesse.

    Bref, isoler une phrase et en donner une explication relativement improbable et au mieux très exagérée pour sauver la face de ce « tribun » est assez osé.

  3. Ourzik dit :

    la République c’est moi il y va un peu fort celui-là!

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