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Pour une république souveraine laïque et sociale

Mayotte ou l’urgence républicaine

Par Jean-Valère Baldacchino, le 7 février 2021

Article daté du 1er septembre 2020. Par Jean-Valère Baldacchino, secrétaire national aux Affaires intérieures du Mouvement « République Souveraine ».

Mayotte a été sous les projecteurs de l’actualité à la mi-août en raison des affrontements intra-communautaires qui ont ébranlé son territoire. Les problèmes sécuritaires, engendrés par des failles politiques et socio-économiques, sont connus depuis longtemps. Ce territoire situé à presque 8 000 km de la Métropole, se sent abandonné par les responsables politiques locaux et nationaux. La pauvreté, le chômage, les incivilités et l’insécurité font partie de son quotidien. Comment une telle situation est-elle possible au sein de notre République? 

Mayotte, l’inacceptable scandale d’un échec dans le pays des Lumières et des Droits de l’Homme…

On pense connaître Mayotte, comme on croit connaître les autres territoires d’outre-mer ou encore la Corse, mais en réalité il n’en est rien. Bien peu de métropolitains sont capables de la situer sur une carte.

Le territoire mahorais est un archipel de l’océan indien dont les deux plus grandes îles sont Grande-Terre et Petite-Terre. Il compte presque 260 000 habitants répartis sur une superficie avoisinant 380 km². Il connaît la plus forte densité de population de la France d’outre-mer avec plus de 680 habitants/km² (2017) et le taux de fécondité le plus élevé du pays, avec une moyenne de 5 enfants par femme. Autre triste record : environ 80% de la population vivent sous le seuil de pauvreté.

Le chef-lieu, Mamoudzou, est le siège du Conseil départemental et de la Préfecture. Mayotte est à la fois une région et un département d’outre-mer, administrés dans le cadre d’une collectivité territoriale unique.

Ce statut particulier est le fruit d’une longue histoire. Louis-Philippe, roi de France, acquiert Mayotte en 1841, alors propriété du monarque Andriantsoly. En 1848, elle intègre la République française qui, 38 ans plus tard (en 1886), établit un protectorat sur le reste de l’archipel des Comores, composé de la Grande Comore, Mohéli et Anjouan. Dans les années 1960 à 1970, des groupes militent pour une intégration définitive de Mayotte à la France. Ses spécificités et les revendications des Comores sur ce territoire amènent l’Etat à organiser plusieurs référendums posant la question de son rattachement aux Comores ainsi que de son indépendance. Les résultats sont sans équivoque : à chaque consultation, les Mahorais se prononcent à une écrasante majorité pour le maintien de leur territoire au sein de la République française (99% en 1976). En 2009, Mayotte devient un département et une région d’outre-mer (DROM) dotés d’une assemblée délibérante unique, le Conseil départemental exerçant également les compétences d’un Conseil régional à partir de 2011.

Malgré cette organisation institutionnelle, l’Etat de droit semble absent : l’ordre républicain est bafoué. Situation étonnante pour un territoire français qui revêt une importance stratégique de premier ordre, comme en témoigne l’installation sur Petite-Terre, en 2000, d’une station d’écoute du réseau satellitaire d’espionnage des communications, nommé Frenchelon.

Mais revenons à l’actualité. Les épisodes de violence se succèdent. Mi-août 2020, deux bandes rivales s’affrontent durant trois jours, à coups de machette, de cocktails Molotov et de jets de pierres… L’élément déclencheur : l’agression d’un jeune de Kaweni au prétexte qu’il aurait refusé de s’acquitter d’un droit de passage pour pénétrer dans le quartier de Majiavo. 

 L’insécurité est prégnante, ancrée dans la société, d’autant que la quasi-impunité est de règle. La vie devenue impossible chasse les habitants qui fuient ce climat de peur. Ceux qui restent, démunis et désespérés, prônent la légitime défense et n’hésitent plus à se faire justice eux-mêmes, comme l’atteste un drame récent qui a coûté la vie à un délinquant, victime de la vengeance de trois de ses victimes.

Ces scènes de violence dignes d’un Etat défaillant sont la conséquence de l’abandon de Mayotte par les pouvoirs publics, depuis de longues années, aussi bien au niveau local que national – car in fine, ne l’oublions pas, la sécurité et la sûreté publiques sont des pouvoirs régaliens qui relèvent de décisions politiques gouvernementales.

Pendant des années les gouvernements et les élus locaux sont restés, pour la plupart, honteusement murés dans le silence et l’inaction. La lâcheté, la compromission, la facilité, les intérêts particuliers ont primé sur l’intérêt général, le sens de l’engagement et des responsabilités. Pour preuve, le rapport de la Cour des Comptes de 2018 sur le département de Mayotte : le bilan est éloquent et les critiques sévères. Il est fait état du manque de compétences et du défaut flagrant de sens du service public (clientélisme, corruption, favoritisme, salaires illégitimement versés…). En somme, une vraie gabegie et un système qui participent au pourrissement de Mayotte dans tous les domaines.  

Ce territoire abandonné est rongé par la pauvreté et le chômage. Il est le plus pauvre de France, avec un niveau de vie six fois plus faible qu’en Métropole. L’immigration illégale est un problème majeur. Environ la moitié de la population est de nationalité étrangère (dont 95% de Comoriens), ce qui crée de vives crispations parmi les Mahorais. Les émigrés clandestins, en majorité des enfants et de jeunes adultes, totalement démunis, volent et commettent des agressions pour survivre, venant ainsi grossir les rangs des bandes de voyous. Ignorant cette réalité, l’Etat sous-dote Mayotte en forces de police et de gendarmerie. 

Côté justice, laxisme ou impossibilité d’agir ? Les délinquants sont souvent remis en liberté, faute de structures locales adaptées pour les prendre en charge.

De plus, la surpopulation et les mauvaises pratiques environnementales (déforestation, emploi de pesticides, pêche excessive, défaillance dans le recyclage des déchets…) viennent renforcer la détresse psycho-sociale et la violence. 

L’insécurité n’est pas nouvelle à Mayotte. Elle a donné lieu à de multiples grèves et revendications, devenues quasi annuelles. En 2011, par exemple, d’importantes contestations contre l’augmentation du coût de la vie débouchent sur des manifestations violentes qui dureront plusieurs semaines. Plus récemment, en 2018, un mouvement social émerge à la suite de l’attaque de plusieurs bus scolaires et d’un lycée. Des protestations d’ampleur voient alors le jour contre la violence, l’insécurité et l’immigration comorienne, doublée d’une grève générale, du blocage des routes et de la fermeture de commerces.

La situation est devenue si préoccupante aujourd’hui que la fuite en avant a fini, en quelque sorte, par s’imposer d’elle-même, pour éviter d’avoir à assumer et à gérer encore plus de débordements et de violences. Les tensions sécuritaires sont exacerbées au point que la moindre intervention des services publics est vécue comme une possible répression. Au moindre heurt, la situation peut déraper, devenir explosive, voire incontrôlable.

En réponse aux évènements violents d’août dernier, les élus municipaux de Mamoudzou et Koungou, la Préfecture et le Conseil départemental de Mayotte, se sont réunis pour appeler au calme et pour tenter de trouver une solution. Suite à cette concertation, un communiqué de presse a été publié proposant des solutions : le déploiement de forces de l’ordre, l’organisation des assises de la sécurité et la tenue plus régulière de réunions du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD). Le communiqué précise : « l’objectif est de trouver des solutions pérennes et globales avec les parents, les jeunes, les associations, visant notamment la formation, l’éducation et l’insertion. » Les mesures proposées semblent d’une banalité que l’on peut qualifier, sans exagération, d’effarante.

Quelles ont été les actions menées jusqu’à présent ? Qu’ont fait l’Etat et les responsables locaux durant ces dernières décennies ? En 2018, le Premier ministre Edouard Philippe avait déjà annoncé un ensemble de mesures, concernant notamment la sécurisation des transports scolaires, la sécurité publique, la santé et les infrastructures. Mais concrètement, elles n’ont eu aucun effet, leur application s’est révélée insuffisante et peu efficace.

Les solutions proposées aujourd’hui n’ont rien d’extraordinaires, nous les connaissons déjà. Ayons juste le courage de s’engager à les appliquer et de les mettre en œuvre une bonne fois pour toute :

–      Revenir à une situation normale en ayant recours à l’intervention massive des forces de l’ordre. Augmenter de manière pérenne les effectifs de la police et de la gendarmerie, tout en les dotant du matériel et des pouvoirs nécessaires à l’accomplissement de leurs missions.

–      Relancer le système judiciaire qui doit exercer pleinement ses missions pour redonner confiance aux Mahorais. Il faut sanctionner fermement et lourdement les actes de violence et les exactions, quitte à construire en urgence des centres de détention. Prononcer pour le moindre délit mineur, une condamnation aux travaux d’intérêt général.

–      Expulser les immigrés illégaux. 

–      Mettre fin à tous les droits octroyés aux clandestins et aux immigrés auteurs d’infraction. 

–      Etablir une stratégie de contrôle des frontières.

–      Appliquer un plan d’envergure pour l’éducation, la prévention de la délinquance, le développement structurel et économique (lutte contre le chômage) dans les plus courts délais. Pour de meilleurs résultats, il est indispensable de mettre en œuvre une politique de synergie entre tous les acteurs de ces différents domaines.

–      Etablir sans ambages un bilan des politiques publiques qui ont été menées jusqu’ici, l’analyser, exposer de manière détaillée les raisons d’un tel échec, les porter à la connaissance du public, les soumettre à discussion pour affiner les solutions sur le long terme.

–      Mener des audits sur le fonctionnement des administrations locales afin d’assainir la gestion financière, réduire substantiellement les entorses à la réglementation, travailler à plus d’efficacité, mettre en place des personnes compétentes, condamner sévèrement les abus qui ont été commis. Tout cela pourrait se réaliser viaun suivi de l’Etat, avec des équipes formées de personnalités qui ont une véritable connaissance de Mayotte – une mise sous tutelle en quelque sorte, le temps nécessaire à une amélioration de la situation générale.

La situation de Mayotte est insoutenable, inadmissible. Malheureusement son cas n’est pas isolé. 

Une république digne de ce nom est une république qui regarde la vérité en face, qui ne faiblit pas devant l’adversité quand il s’agit de la survie de ses citoyens, qui a conscience et connaissance de la diversité de ses composantes, de ses histoires et de ses géographies.

Le travail reste conséquent pour sauver Mayotte, l’engagement de la République doit être exemplaire et sans précédent car aujourd’hui il y a urgence. Ne laissons pas tomber ce territoire, et pour cela poursuivons sans relâche les changements nécessaires – « Tant qu’on n’a pas accosté, on n’arrête point de pagayer », dit un proverbe mahorais.

7 commentaires

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