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Pour une république souveraine laïque et sociale

La France à rebours : une nation redevenue Tiers-état

Par Vida AZIMI, le 17 octobre 2018

Vida AZIMI, historienne du droit, directrice de recherche au CNRS-Centre d’études et de recherches en science administrative et politique/ Université Paris II

A chaque mois, à chaque jour suffit sa haine et sa peine, ce qui rend l’air irrespirable. En mars dernier, (Jeannette Bougrab, Le Figaro du 28/3, relayée par Le Canard enchaîné du 04/4), la France s’apprête à accueillir une cohorte d’imams algériens connus pour leur « modération », en vue du ramadan et du bien des fidèles de l’islam,  en manque de  prêches sulfureux. Entre eux et « la femme imam » danoise avec qui s’est commis notre Président de la République, à la façon grandguignolesque d’un Justin Trudeau (- « il est à tout âge de vrais caractères d’enfants » écrivait Sieyès), nos pouvoirs publics sont bien affairés ces jours-ci et ceux qui suivront ! Et puis vint septembre et le rituel « Rapport Karaoui » de l’Institut Montaigne, constatant ce que chacun de bonne foi voit, savoir la radicalisation de plus en plus poussée des jeunes musulmans et qui propose pour y remédier l’apprentissage de l’arabe à l’école. La potion  est pour le moins saugrenue. L’arabe est une langue belle et difficile et ce n’est pas elle qui est en cause. Mais on voit mal le rapport avec le diagnostic. Entre temps des rappeurs pseudo-artistes appellent au meurtre des Blancs (-entendez les infidèles).

Puisqu’il en est ainsi, à chacun son imam. Du côté oriental et gastronomique, je raffole du plat d’aubergine turc, « l’imam bayldi », autrement dit l’imam évanoui.  Retrouvons notre sérieux. Moi, j’opte pour une sorte d’imam bien de chez nous, défroqué et régicide (-c’était tendance à l’époque), un certain abbé Sieyès à qui l’on doit la constitution de la nation française en mai 1789, suite à son célébrissime opuscule, « Qu’est-ce que le Tiers-état ? » (1789), un vrai succès éditorial au vu de ses multiples rééditions, et à ses nombreux autres écrits. Rebelle à l’hétéronymie des « petites nations », Sieyès a projeté par son œuvre écrite et son action politique l’ombre de l’Etat, édifié par la monarchie, sur la nation, pour mieux asseoir la vocation de l’Etat-nation à une neutralité irréductible aux spécificités. Partisan d’un nouvel enracinement par l’adhésion à un droit commun, autour d’un projet unitaire de société, l’abbé se montre réfractaire non pas tant aux différences qu’à leur authentification juridique. En cela, l’héritage intellectuel de l’abbé devient indispensable à rappeler, comme viatique à tous ceux qui, en France, veulent  en finir avec les tribalismes claironnants et encore croire ou espérer en la démocratie et en la République, sans compter la laïcité (-« prunelle de mes yeux », dixit la Persane persifleuse que vous connaissez).

« Qu’est-ce que le Tiers-état ? », demande Sieyès. Le Tiers-état est « une nation complète », «  parce qu’il ne doit pas ignorer qu’il est aujourd’hui la réalité nationale dont il n’était autrefois que l’ombre ; (…) que la noblesse a cessé d’être cette monstrueuse réalité féodale ». Le Tiers-état est estimé à 25 ou 26 millions d’âmes et les privilégiés à deux-cent mille. Interrogeons-nous à sa manière, « qu’est-ce la nation française aujourd’hui ? » Une entité, même pas vraiment souveraine, sous perfusion et soins palliatifs, alimentée par des placebos de valeurs républicaines affadies à force d’être ressassées, réduite en « un assemblage de petites nations », « une collection d’Etats dans l’Etat » dirait l’abbé.

Sieyès se trouve tout entier dans la formulation de Julien Benda, grand connaisseur de « trahison des clercs », félonie consommée depuis, ajoutée à une défaite de la pensée, comme une extinction des feux ardents des Lumières : «  C’est en fixant leurs idées sur l’idée de la France que les Français ont refait leur nation chaque fois que dans l’ordre sensible, elle se disloquait ». En 1940, le général de Gaulle s’inscrivait dans le même sillon. Qu’en est-il à présent ? La question de la dissolution de la France dans un magma paradoxal, à la fois globalisant, différencialisant et racialisant, n’est hélas point une spéculation scolaire offerte aux candidats de l’épreuve de philosophie du baccalauréat. La nation est devenue anathème, lâchement livrée à qui de force et non de droit. Alors, finis franciae ? se demandait  en 2011, Jean-Pierre Chevènement, le désormais taiseux, président de la fondation culturelle pour l’islam « de France ».

Pourtant chaque jour imprime une pression intensifiée non point sur l’espace vital des Français –ceux qui souffrent et ne mouftent-, ce malgré le hallalisation de pans entiers du pagus gallicus, mais sur leur espace mental, leur géographie intérieure, façonnée par des siècles d’idées, d’art et de civilisation, phagocytée non pas par des cultures mais juste des modes de vie contrariant l’esprit français. Les Français n’ont point Ibn Khaldoun ou Averroes face à eux mais d’autres Français ou des étrangers qui minent leur quotidien et rendent la vie courante pesante et accablante. Le sentiment d’être nargué, humilié, tiers-étatisé et impuissant est dominant parmi la population. Ce, avec la bénédiction des pouvoirs publics qui, sans le savoir, ont adopté le credo de Joseph de Maistre qui avait rencontré partout des Français, des Italiens, des Allemands mais point d’hommes. Là où le renseignement et des mesures sécuritaires efficaces pourraient faire reculer le djihadisme, rien n’est prévu pour les manifestations ordinaires des pratiques et des mœurs musulmanes. Ne tournons pas autour du pot, l’islam tel qu’il est en ce temps historique gangrène toute société. Je le sais parce que je viens d’un pays musulman, où l’islam a pourri la vie surtout des femmes et aussi des hommes iraniens. J’ose le mot, l’islam, tel qu’il va dans le monde actuel, est Nakba, autrement dit une catastrophe, pour la majorité des musulmans et pour tous les autres infidèles. La faute est certes aux reculades, aux compromissions et à la soumission des uns et des autres. Il y a aussi péché intellectuel et escamotage de l’histoire, car les terres d’islam ont connu au XXème siècle des périodes laïques (la Turquie d’Ata Türk, l’Iran de Reza Shah, la Tunisie de Bourguiba, l’Egypte de Nasser et le Baas d’origine en Irak et en Syrie) qui sont complètement occultées, sous prétexte qu’il s’agissait de gouvernements autoritaires. 

Tout juste récemment des élus ont manifesté leur incapacité à lutter contre la défrancisation de notre pays, à venir à bout des violences de tous genres, lot commun du fantassin français. On nous berce du songe creux d’une société de confiance. Il semble qu’il n’y a pas d’amour mais seulement des preuves d’amour. C’est pareil pour la confiance. Que les musulmans français attestent leur volonté d’être Français en actes et non par omerta ou pire par Taqu’ia, ils sont absolument des nôtres. Qu’ils s’allient à nous et opposent, comme nous, au Coran brandi par une minorité rosse et féroce, notre « roman national » ! Que n’ai-je dit ? Pauvre de moi !

Je reviens à mon cher abbé Sieyès que Mirabeau appelait plaisamment Mahomet, en raison de sa monomanie nationale. D’aucuns lui objectaient alors que sa nation, « c’est un mauvais roman », ce qui n’affectait guère la superbe de sa volonté exaltée : « un roman est à coup sûr une folie en physique ; ce peut être une excellente folie politique », un roman aux antipodes des démences identitaires. Le mois de mai et ses pauvres et piètres nostalgiques sont quelque peu passés à la trappe. Revenons à mai 1789 quand sous l’influence de Sieyès, un esprit collectif naquit et aboutit à l’unité politique de la nation scellée par le serment du Jeu de Paume, les 17-20 juin 1789. Combattons, tel Sieyès, « la chartreuse politique », en langage d’aujourd’hui, le manteau d’Arlequin qu’est devenue la France. Dénonçons les particularismes, les privilèges, maquillés en mesures de discrimination positive, comme de « funestes aristocracismes » (-Essai sur les privilèges). Un maître-mot, néologisme inventé par l’esprit fécond du cher abbé, pourrait encore nous sauver : « l’adunation », la marche inexorable vers l’unité, non point une abstraction mais une évidence première accessible à tout Français, sans laquelle disait Sieyès, il n’y a pas « d’assimilation humaine ». Puisse chacun l’entendre !….

 

 

1 645 commentaires

  1. Thanks to your interest in Funding Recommendation.

  2. creemiongimihot dit :

    qyi pch slots

  3. Wrappicaiketbak dit :