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Pour une république souveraine laïque et sociale

Entre juridisme et ambiguïtés, l’UPR d’Asselineau

Par Sandro Hiracaz, le 26 juin 2019

Le Frexit, mais pour quoi faire ?

Comprendre que l’Union Européenne est une prison des peuples est nécessaire. Mais il faut aussi expliquer aux autres prisonniers que la vie pourra être meilleure en dehors… Si l’Union Populaire et Républicaine (UPR) s’est spécialisée dans l’éducation populaire, son approche très juridique et sa frilosité pour aborder certains sujets sont d’une efficacité électorale limitée, la plupart des Français n’arrivant pas à se faire une représentation du « jour d’après » le Frexit, pour reprendre le titre d’une des nombreuses conférences de François Asselineau, le président du parti.

 

Plus juridique que politique

A l’issue des élections européennes de 2019, les « républicains des deux rives » sont toujours orphelins. Certains ont tenté de s’y atteler, Chevènement en son temps, Dupont-Aignan jusque la campagne présidentielle de 2017, ou même dans une certaine mesure, le FN sous la houlette de Philippot et la France Insoumise avec sa fin de campagne 2017 très républicaine ; mais, tous ont fini par renoncer.  

L’UPR aurait pu incarner cette coagulation de plus en plus nécessaire. Malheureusement, sa ligne politique est très austère ou plutôt sa ligne est plus juridique que politique. Ce qui peut aussi donner l’impression aux Français qu’Asselineau n’est qu’un haut-fonctionnaire technocratique, bien loin des préoccupations du réel, tout comme l’est finalement la Commission Européenne dont le caractère  « hors-sol » focalise paradoxalement l’essentiel des critiques de l’UPR. Ce parti  prétend à la fois se situer au-dessus du clivage droite/gauche (1) tout en croyant encore à l’existence de ces notions (2) : elle ainsi classée comme « Divers » par le ministère de l’Intérieur. Mais l’UPR est perçue comme appartenant à l’ « d’extrême droite » (3) non seulement par une certaine sphère médiatico-politique mais aussi par une partie de l’opinion publique. On pourrait rétorquer que cette perception est injuste et ne reflète que les amalgames ou les préjugés dominants. Ce problème, toutefois, aurait dû être traité sérieusement, au lieu de quoi cette formation a persisté dans la stratégie de rassembler de manière très large tous ceux qui veulent le Frexit, quelque soit leur finalité de projet post-Frexit.

Ainsi, pour ménager la chèvre et le choux, et pour éviter de paraître trop à droite, Asselineau est obligé d’éviter les « sujets clivants », comme si l’idée de Frexit ne l’était pas déjà. Au-delà du projet purement institutionnel, l’UPR semble refuser la politique et le projet de société qui va de pair. S’explique dès lors cette forte tendance à surinvestir le champ informatif (conférences, chaîne web TV, …) à défaut de construire un projet politique. Certes, l’UPR répond assez bien à l’insécurité socio-économique en combattant le néolibéralisme et son libre-échange totalement dérégulé. Pourtant, la grande culture historique d’Asselineau ignore paradoxalement l’aspect culturel des civilisations, c’est-à-dire que la société existe au-delà de l’homo economicus, et même au-delà de l’homo juridicus, dira-t-on dans le cas de l’UPR.

 

Etat souverain mais peuple communautarisé ?

Dans l’une de ses conférences, Asselineau tire des constats de société dans l’une de ses conférences de par ses déplacements diplomatiques discutant de la vie en Irak sous Saddam Hussein et de l’Arabie Saoudite (4 – à 1:20 ci-dessous). Il décrypte par ailleurs aussi le développement de l’Islam intégriste dans les pays musulmans suite à l’interventionnisme otanien qui a détruit les régimes autoritaires mais de base laïque du panarabisme.

Néanmoins, il reste incapable de transposer ses observations en France, en y combattant l’émergence de l’islamisme, comme l’aurait fait un Jean-Pierre Chevènement, pourtant à l’origine plus « à gauche » que lui.

Cette ambiguïté se retrouve aussi dans les publications officielles de l’UPR : si la charte – mais beaucoup moins son discours public récent – évoque les principes républicains tels que la laïcité et la lutte contre le communautarisme (5), le programme législatif parle en même temps de « musulmans stigmatisés » (6) . Mais, on ne peut discourir sur les discriminations comme on le faisait au début des années 1980 et de plus, il n’est plus possible de nier la réalité d’un Islam politique faisant sécession avec la République. Interrogé par l’inénarrable Zemmour en 2017 sur la question de la laïcité et du voile (7 – à 11:10 ci-dessous), il est surprenant d’entendre Asselineau adopter le même argument que Juppé ou Castaner en évoquant le prétendu « voile catholique de nos grands-mères ».

Drôle de façon de défendre la laïcité par des mœurs historiques catholiques qui, au mieux, relèvent d’un rigorisme anachronique, et au pire, sont fantasmées pour ne pas voir l’évidence. 

Fidèle à un juridisme sans pareil, il semble ne pas comprendre que le message politique véhiculé par la mode « pudique » de l’islamisme dépasse le simple droit de se vêtir comme on le veut. Or, ce droit que certains veulent faire passer pour liberté, est porteur d’une vision moralisatrice de la bonne conduite à tenir et de la diabolisation du corps féminin. Cette orthopraxie nuit à l’esprit des Lumières qui a largement contribué à l’émancipation des femmes, tout d’abord par leur égalité politique et morale. Tout se passe dès lors comme si l’universalisme républicain et la laïcité étaient considérés par Asselineau comme de simples éléments d’un formalisme juridique alors qu’ils soutiennent en réalité des fondements historiques et philosophiques de la société française.

Et comme la politique a horreur du vide, l’UPR risque, comme le NPA ou la FI à gauche et le FN/RN à droite, de subir des tentatives d’entrisme de radicaux « antisystème » de tous poils qui voient dans l’UE (mais aussi dans la République Française) une extension du « sionisme »  ou encore une expression  de l’impérialisme de l’ « homme blanc ». L’islamo-gauchisme et l’antisionisme d’extrême droite qui cachent un antisémitisme primaire, peuvent donc facilement converger avec l’idée de Frexit si cette dernière n’est pas corrélée avec un projet de société. 

Faute de projet de société, il n’est effectivement pas possible de parler d’immigration sans tomber dans les caricatures d’une droite qui donne l’impression de ne faire que compter les êtres humains et d’une gauche qui ne semble jamais le faire. Pourtant, il existe une troisième voie pour parler de ce sujet, sans aller dans l’outrance de certains souverainistes de droite, mais faut-il se rappeler de certains concepts républicains : l’intégration par l’assimilation et le bien commun, qui est social et économique mais aussi politique et culturel.  Quand Asselineau, lors d’un récent débat, botte en touche sur les problématiques intérieures de l’immigration parce qu’il y aurait « 15% d’adhérents d’origine immigrée »  à l’UPR (8 – à 10:35 ci-dessous), celui qui est le premier à défendre la République quand il s’agit d’institutions juridiques rompt lui-même le pacte républicain et l’idée de communauté nationale unique qui ne reconnaît que des citoyens français.

 

Sortir de l’impasse pour sortir de l’UE

Avec près de 38 000 adhérents, l’UPR est l’un des partis présentant le ratio score électoral/nombre d’adhérents le plus faible. Souvent piégée lors d’interviews par son insistance à remettre certains sujets dits clivants au référendum en cas de succès, l’UPR paraît là en réalité bien évasive sur des problèmes où les Français attendent des réponses.

Les questions de société ne sont pas les seuls sujets où la politique de l’autruche est reine. Aussi, alors que la question énergétique a été le déclencheur du mouvement des « gilets jaunes », il paraît peu cohérent de ne pas considérer l’aspect technique de la politique classique alors qu’Asselineau peut faire montre d’une grande technicité par ailleurs. Pour ne pas reproduire l’une des nombreuses erreurs de la France Insoumise, il faut ainsi prendre au sérieux la ressource nucléaire (9), au moins à court terme et malgré l’abandon d’Alstom à GE. Ne serait-ce que pour des questions de souveraineté énergétique et de dépendance par rapport aux pétromonarchies du Golfe et à la géopolitique américaine, sauf à ne pas vouloir la cause de l’indépendance nationale. 

Ces exemples nous permettent de d’entrevoir comment l’UPR aurait pu décupler sa force de frappe à un moment où les Français, très dépolitisés aujourd’hui, préfèrent parler de choses palpables que de questions juridiques. La question laïque en fait partie (10).  Au-delà d’Asselineau et de son parti, une telle remarque vaut pour le souverainisme en général. Et, redisons-le : pour le bien commun, il est temps que l’UPR sorte de ses équivoques

 

Sources :
(1) Charte fondatrice de l’UPR, § « Un programme de libération nationale qui met de côté le clivage droite-gauche » 
(2) Site UPR, article « L’UPR veut-elle abolir le clivage droite-gauche ? »
(3) Journal « Le Dauphiné, article « Élections européennes : 13 listes sur la grille de départ »
(4) Extrait de conférence de F. Asselineau à Namur en Mai 2013, « Euro-régions : allons-nous laisser détruire les états-nations ? »
(5) Charte fondatrice de l’UPR, § « Conclusion : un combat pour la dignité humaine »
(6) Programme législatif de l’UPR,  § « Renouer avec l’universalisme français pour mieux vivre ensemble »
(7) Emission « Zemmour & Naulleau » du 12 Avril 2017 sur Paris Première
(8) Extrait du débat du 20 Mai 2019 sur LCI pour les élections européennes
(9) Site UPR, article « Qu’est-ce que l’UPR pense de l’énergie nucléaire ? »
(10) Sondage IFOP « Les Français, l’électorat macroniste et les questions de la laïcité »

 

 

4 commentaires

  1. Tchaivkosky dit :

    Vous devriez étudier l’UPR de plus près, Asselineau a déjà répondu à des telles remarques.

    S’il y avait une politique de l’autruche sur les questions clivantes, elle n’en parlerait pas, elle ne proposerait pas de référendum sur l’immigration par exemple (ainsi que sur la dette et sur l’énergie).

    La radicalisation de l’islam est un problème, et il est largement dû, entre autres, au champ libre laissé à la diplomatie religieuse de l’Arabie Saoudite et du Qatar, à la très faible critique faite à Israël lorsqu’il assassine des Palestiniens, et à la dégénerescence de nos dirigeants européistes.

    Si l’indignité et l’impunité de ces dirigeants peuvent inciter certains à s’engager, elles peuvent tout autant détourner d’autres de la vie politique et à les inciter à chercher d’autres systèmes de valeurs, ce que dénonce Asselineau.

    Le poisson pourrit par la tête : lorsque des dirigeants dignent auront pris le pouvoir en France, des dirigeants qui respectent le droit international, qui respectent les citoyens, qui ne donnent pas des cartouches à la propagande, qui redonnent aux Français la fierté d’être Français, vous verrez que tout ça changera.

    A mon avis le défaut de l’UPR est qu’elle a eu raison trop tôt, comme De Gaulle en 40, il n’y avait pas beaucoup de gens pour répondre à l’appel. Mais elle ne lâchera pas l’affaire : lorsque les Français auront compris qu’il y a une vie après l’UE et que la sortie de l’UE ne peut être accomplie que par un mouvement temporaire, de transition, qui par essence n’a pas vocation à parler de tout mais de réunir, l’UPR sera là pour eux.

    1. Sandro Hiracaz dit :

      Je maintiens qu’il y a une politique de l’autruche.

      Sur un sujet technique comme l’énergie, le rôle de l’UPR devrait être d’étudier la question (puisqu’elle le fait si bien sur d’autres sujets techniques) et de proposer une orientation raisonnable dans l’intérêt des Français. Et il en existe une : https://jancovici.com/changement-climatique/quel-monde-ideal/que-peut-on-dire-sur-un-monde-qui-serait-energetiquement-vertueux/

      Sur l’immigration, l’UPR devait réaliser un dossier d’étude sur l’immigration à la sortie de la présidentielle 2017. Après avoir été plusieurs fois repoussé aux calendes grecques, ce projet est tombé aux oubliettes. Il suffit de regarder les sondages pour voir que les Français veulent ralentir le rythme de l’immigration. L’UPR pourrait très bien traduire cette volonté sans adopter les exagérations de la droite.

      Seule une minorité d’extrême gauche s’irrite lors qu’on parle, même sans excès, d’immigration et de nucléaire. Je ne vois pas pourquoi l’UPR devrait ménager cet électorat qui pense que la nation en tant que telle est fascisante.

      Pour terminer sur l’islamisme politique, je dis qu’Asselineau a bien sûr raison de critiquer le champ libre laissé au Qatar et à l’Arabie Saoudite. A relier aussi à notre dépendance énergétique au pétrole en passant.
      Mais on ne peut rester dans une posture résignée parce que l’OTAN a permis la toute puissance de l’Islam wahhabite dans le monde musulman. Aujourd’hui il existe un véritable militantisme politique dans nos pays occidentaux visant à imposer une police des mœurs rigoriste. Et cela, on ne peut l’expliquer par le conflit israelo-palestinien, où les torts des gouvernants respectifs sont plus partagés que vous ne croyez.

  2. Tchaikovsky dit :

    S’il est tellement clair que les Français veulent « ralentir le rythme de l’immigration », ce choix devrait se traduire dans le résultat du référendum qu’Asselineau leur proposera. Pourquoi lui demander alors de prendre positon sur ce sujet ?

    Je ne vois qu’une raison, c’est qu’en réalité il n’est pas si sûr que les Français votent de cette manière, et il s’agit d’une énième volonté de droitiser l’UPR. Certains militants LP se félicitaient d’ailleurs de la perspective de « virer les gauchistes de l’UPR » si Asselineau avait accepté une alliance avec Philippot.

    Quant à la tentative d’imposer une police des moeurs, la France est mieux protégée par la laïcité que le Royaume-Uni ou le Canada (cf Pierre Conesa), restons vigilants mais n’exagérons rien.

    1. Sandro Hiracaz dit :

      Il n’y a pas de volonté de « droitiser » l’UPR. Personne ne dit cela « gauchise » l’UPR de défendre les services publics et de nationaliser les secteurs stratégiques. Dire que certains problèmes sociétaux sont des sujets de « droite » participent justement à faire perdurer un clivage inutile au bien commun. C’est pour ça que je mets en avant votre contradiction à vouloir dépasser le clivage gauche/droite tout en continuant à vous y référer. Pire, cette politique de l’autruche fait que certains sujets sont laissés au seul FN/RN.

      Tous les sujets doivent être abordés de front. La seule chose est de ne pas en parler comme le père Le Pen ou Alain Soral.

      Quant aux gauchistes, ils sont inutiles au souverainisme, même de gauche. Si vous ne vous en rendez pas compte, voyez ce qu’il est advenu de la ligne républicaine et laïque à la FI :
      https://www.marianne.net/politique/exclusion-france-insoumise-militants-paris-communautarisme
      Perdre Kuzmanovic, Girard et Cocq pour garder Autain, Bernalicis et Obono n’est pas ce que j’appelle un pas vers l’indépendance nationale.
      De plus, malgré leurs incohérences idéologiques, le FN/RN s’est maintenu électoralement, pas la FI.

      La laïcité, seulement considérée d’un point de vue juridique, ne suffit plus à contenir les attaques contre le modèle français. Il faut la soutenir politiquement dans son essence qui provient de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 :
      « Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »
      Et non pas selon la vision anglo-saxonne libérale de la Déclaration Universelle de l’ONU…

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