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Pour une république souveraine laïque et sociale

En finir avec la Gauche ?

Par Antoine Berranger, le 18 février 2019

Pour beaucoup, le clivage gauche/droite est mort, Emmanuel Macron étant pour eux le thuriféraire de cet office funèbre. Certains iront chercher plus loin, remontant à François Hollande et la mollesse coupable de la social-démocratie, quand d’autres voyageront jusqu’en 1983 et le tournant de la rigueur mis en place par François Mitterrand.

Pour d’autres encore, dont je fais partie, ce clivage est toujours vivant mais abscons, l’illusion créée étant celle de la « gauche de gouvernement », arnaque intellectuelle qui ne désigne finalement que ceux ayant assujetti leurs convictions (s’ils en avaient) à un pragmatisme fantasmatique. Macron est, là encore, le point d’orgue de ce mouvement, mais aussi, on peut l’espérer, le point final, puisque son élection s’est faite au prix de l’atomisation du vieux parti socialiste et de ses alliés.

Dans cette novlangue très orwellienne, les mots sont triturés au point d’en perdre tout sens. Le dédain présidentiel devient de la franchise, le dogmatisme du tout-libéral devient du pragmatisme, la Nation est confondue avec le nationalisme, et la Gauche ne devient plus rien. Nous nous pensions dans la dystopie de 1984, nous sommes en fait de l’autre côté du miroir. Avec la création de Place Publique, mouvement créé notamment par Raphaël Glucksman & Thomas Porcher, on assiste à la résurgence de ce miroir aux alouettes qui promet beaucoup mais qui ne pourra rien, refusant de s’extraire du carcan idéologique fixant l’horizon de leurs événements : il s’agit évidemment du trou noir que constitue la combinaison de la soumission à l’ordo-libéralisme associé à l’acceptation de la perte de souveraineté. Singularité empêchant la pensée de toute alternative politique.

Bien loin des aspirations de nos concitoyens, bien loin de l’urgence dans laquelle nous sommes, la première bataille à mener semble tout de même être celle des concepts. Il convient de redonner du sens à certains mots : République, Nation, Citoyenneté et à tordre le cou à d’autres pour mieux les redéfinir dont le mot… Gauche.

Si l’analyse du spectre politique de façon linéaire paraît totalement absurde, il a l’avantage d’offrir une très grande lisibilité et permet l’identification plus facile à un « camp » politique. Il faut donc en finir avec la Gauche, en finir avec la Droite, et permettre la création d’un nouveau paradigme politique. Il faut, en quelque sorte, parachever l’œuvre de Macron, porter le coup fatal, afin d’ouvrir un espace politique permettant, enfin, la création d’une grande force républicaine.

La redéfinition de ce clivage ne peut passer par des inspirations anglo-saxonnes. Le parti travailliste est embourbé dans de sales compromissions tout comme la gauche française ; l’opposition Démocrates/Républicains n’a aucun sens pour nous et serait tout à fait stérile. On peut par contre s’inspirer de notre histoire.

Dans l’histoire française, le clivage qui me semble faire le plus de sens est celui du clivage gauche/droite du début de la IIIe République. La droite d’alors était en partie monarchiste, ce qui n’a pas grand chose à voir avec la droite actuelle me direz-vous. Mais, en y regardant de plus près, on y trouve les ingrédients qui composent ceux que nous combattons : la volonté de déposséder le peuple de toute souveraineté ou, tout au moins, de le réduire à une portion congrue.Ainsi, notre cher président applique à la lettre une politique de la néo-gauche, mais serait clairement classé à droite eût-il vécu il y a 150 ans. De la même façon, les grands esprits qui ont fondé la pensée libérale moderne, de Sieyès à Tocqueville, étaient fondamentalement des gens de gauche. Il n’est pas anodin que le premier parti fondé par ce dernier s’appelait « La Jeune Gauche ». L’un comme l’autre ont toujours adossé la liberté à l’égalité.

Quand le premier dit « Qu’est-ce qu’une nation ? Un corps d’associés vivant sous une loi commune et représentés par la même législature », il pose clairement le principe d’égalité comme préambule à la forme politique de la Nation. Quant au second, s’il refusait clairement tout intrusion de l’État dans le droit du travail, et autres joyeusetés du « libéral d’un autre genre », il n’était pas dans le dogmatisme du tout libéral puisqu’il prônait l’intervention de l’État pour aider à réduire les inégalités : « Je suis bien de votre avis que la répartition plus égale des biens et des droits dans ce monde est le plus grand objet que doivent se proposer ceux qui mènent les affaires humaines » écrivait-il à Mme Swetchine.

Nous pourrions développer plus avant, et parler de la différence entre égalité civique et égalité sociale. Mais je suis déjà trop long, et nous mettons déjà là le doigt sur ce qu’était alors la Gauche : le refus du dogmatisme du tout libéral et le refus du dogmatisme tout égalitaire etla nécessaire articulation de l’égalité à la liberté. Voilà donc la tâche, qui, à mon humble avis, s’impose à nous. A une époque où la liberté est imposée comme concept autoporteur, il faut réexpliquer en quoi l’égalité est nécessaire à son exercice, ce qui permettra de redéfinir ce qu’est la Gauche, et se réapproprier ces concepts si essentiels : Souveraineté, Nation, Citoyenneté et Laïcité.

Après tout, sans le socle de l’égalité, la liberté n’est que privilège, et porte alors en elle sa propre négation. La guerre froide nous a imposé un clivage gauche/droite se limitant à un clivage socialisme versus capitalisme débridé, miroir de notre géographie. Devenu alpha & oméga de cette articulation entre égalité & liberté, le socialisme français s’est renié lui-même sous la forme de la social-démocratie en oubliant ce qui avait construit l’idée même de la Gauche.

Le mur est tombé, il faut en revenir aux fondamentaux.

Et les fondamentaux de la République sont bien là. Quand on ne pense plus l’égalité, on ne pense plus l’émancipation faisant des Hommes des Citoyens. On supprime cette base indispensable à la démocratie, les laissant retomber dans des sous-groupes auxquels ils peuvent s’identifier. C’est ainsi que naissent les identitarismes qui – et cela montre bien que ce clivage devient suranné – se construisent aussi bien à gauche qu’à droite. Il serait trop simple d’attribuer cela aux extrêmes, mais le phénomène est bien plus prégnant qu’il n’y paraît, puisque des partis aussi inoffensifs au premier abord que le Parti Socialiste ou Les Républicains radicalisent, chacun de leur côté, leur discours identitaire.

Il est urgent d’agir. Il est urgent de prendre le temps de repenser et vulgariser à nouveau ces concepts qui nous ont construits : il n’y a d’identité en France que l’identité Républicaine, bâtie sur l’égalité, seul socle permettant l’exercice plein et entier de la liberté.

Un commentaire

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