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Pour une république souveraine laïque et sociale

Discussion libre : quelle réponse politique au mouvement des gilets jaunes?

Par NRS, le 29 novembre 2018

Le mouvement des gilets jaunes constitue un phénomène inédit, non pas dans son ampleur et le nombre de ses manifestants, mais dans l’adhésion qu’il suscite auprès des français et surtout dans le fait qu’il a éclos en dehors de tous partis politiques ou syndicats, comme un pied de nez à E. Macron qui entend, de manière à peine dissimulée, mettre à bas les corps intermédiaires.

L’un des objectifs de notre association est de réfléchir collectivement aux réponses politiques à apporter aux aspirations et aux colères des français.

C’est la raison pour laquelle, nous invitons ceux qui le souhaitent à nous faire part de leur sentiment quant à ce phénomène et nous indiquer si une réponse politique peut y être apportée, sous quelle forme…

 

9 commentaires

  1. Sandro Hiracaz dit :

    Gilets jaunes, le risque d’auto-neutralisation des oubliés du système

    Tout était pourtant si prometteur. La revanche des perdants de la mondialisation soit disant inévitable semblait enfin s’agréger autour de la hausse des prix du carburant. Les considérations énergétiques et environnementales ne nuisaient que peu à la légitimité de ce mouvement : les Français n’auraient rien eu à dire si on devait augmenter les prix des carburants pour l’écologie et que cela était équilibré par des contreparties, sur d’autres pans de la fiscalité par exemple. Or, ces contreparties n’ont été données qu’aux plus riches. Tout égalitaire qu’il reste, le peuple français ne pouvait pas comprendre ces décisions du monde macroniste autrement que comme un mépris de classe : si austérité il devait y avoir, au moins qu’elle s’applique à tous. S’ajoute à cela la croyance populaire que l’Occident a fait toutes ces guerres au Moyen-Orient tout en soutenant à bout de bras l’Arabie Saoudite et le Qatar pour nous assurer du pétrole bon marché. Un coût du carburant que personne n’a vu baisser, au contraire de la sécurité intérieure mise à mal par le terrorisme et l’Islam intégriste politique, des phénomènes pour lesquels ces deux pétromonarchies ne sont pas innocentes.
    La colère des Français, bernés, était d’autant plus légitime.
    Seulement voilà que la légitimité de la gronde populaire qui aurait dû se coaliser en manifestations à destination univoque du gouvernement et de ses représentants s’est rapidement étalée sous la forme d’un mouvement de blocage national. Les gilets jaunes étaient nés, mais cette gestation rapide et incontrôlée a aussi enfanté un monstre : la confusion des luttes.
    Un blocage national ? Mais de qui et pourquoi ?
    Assez tôt dans cette journée qualifiée non plus de manifestation mais de blocage, un drame symbolique de ce monstre est survenu. Il a opposé un groupe de gilets jaunes et une automobiliste mère de famille emmenant sa petite fille chez le médecin sur une route de province. Dans un excès de zèle, des gens sous pression financière se sont mis à exercer eux même une pression morale sur une tierce personne soumise à la pression que connaît tout parent. Dans un contexte de forte charge émotionnelle, ce qui devait arriver arriva, les gestes dépassant la raison : une collision avec l’automobile aura raison de la vie d’une femme gilet jaune.
    Ce drame est la quintessence du paradoxe entre le combat initial des gilets jaunes et le mode opératoire du mouvement. S’ils sont légitimes dans leur volonté de protester, leur façon de le faire l’est nettement moins.
    La route étant parmi ce bien commun que l’on appelle République, qui doit en avoir la priorité dans son usage ?
    -Les gilets jaunes ou cette mère de famille ? Aurait-elle dû démarcher une ambulance et venir engorger les urgences d’un hôpital public déjà détroussé de son financement ?
    -Les gilets jaunes ou cette jeune musicienne prodige de campagne ne pouvant se rendre en temps et en heure à une audition qui pourra changer son devenir ? Quid de l’égalité des chances et des territoires ?
    -Les gilets jaunes ou cet homme malade qui aurait pu enfin se présenter devant son médecin spécialiste, rendez-vous pris 3 mois auparavant ?
    -Les gilets jaunes ou ce plombier allant réparer une fuite d’eau dans la maison de gens ayant initialement prévu d’être gilets jaunes mais pour qui, par la force des choses, d’autres priorités que le mouvement prennent le pas ?
    De nombreux autres exemples pourraient être trouvés. Mais force est de constater que chaque nouveau cas ne donne pas le beau rôle aux gilets jaunes. Aucun des personnages dépeints précédemment n’est par défaut un suppôt du gouvernement actuel. Pourtant, ils ont souvent été considérés comme tels, comme si, dans une sorte de totalitarisme, la position ne pouvait être que binaire : soit gilet jaune, soit nanti du monarque.
    Une impression qui fut accentuée par des dérapages, parfois violents, opposants automobilistes du weekend et automobilistes de la semaine. Des automobilistes du weekend qui auraient pu facilement être des alliés dans le fond de la lutte, vont devenir diamétralement hostiles parce qu’ils ont été excédés, méprisés ou même agressés.
    Des conflits nocifs pour l’image du mouvement ont été relayés par les médias et le gouvernement ne s’est pas privé de les instrumentaliser. Ils auraient pu être évités dans la majorité des cas si le ciblage des actions n’avait pas reposé sur une telle incohérence :
    Le samedi 17 novembre 2018, la France s’est retrouvée avec des manifestants qui disent avoir absolument besoin de leur voiture en train de bloquer d’autres usagers de la route, c’est à dire ce qu’ils sont eux-mêmes le reste du temps.
    Dans cette marée jaune proclamée spontanée et sans leader, il est étonnant que l’impact du bien-fondé des barrages routiers n’ait pas été questionné.
    -Quand le personnel d’une usine fait grève, il impacte le patronat car cela nuit à la productivité.
    -Quand une manifestation piétonne a lieu sur une place publique, c’est par la concentration dans un lieu stratégique que le message passe, et non par la restriction de liberté de circuler. Il impacte les élus car cela se passe sous leurs fenêtres.
    Dans ces conditions, l’impact de ces nouveaux marcheurs en jaune fluo en plein milieu de la rocade bordelaise sur la lointaine galaxie jupitérienne de Macron reste fort limité. En revanche, il est très significatif pour les autres usagers de la route.
    Tant que le mouvement des citoyens entravera d’autres citoyens de la même classe dans une confusion des luttes, il rejoindra une déjà longue liste de manifestations qui va des barrages des agriculteurs en tracteur à celui des routiers en bonnets rouges en passant par le blocage des facultés par certains étudiants. Toutes s’appuyaient sur un juste constat et un combat légitime, mais toutes se sont exprimées de manière si diffuse qu’elles ont fini par exaspérer l’opinion publique générale. Aucune n’a eu le soutien général escompté par réaction épidermique des méprisés méprisés par les méprisés. Pire encore, les comportements émotionnels et violents de certains manifestants n’ont pour effet que de les assimiler à des délinquants. Rappelons-nous de ce blocage d’autoroute par des gens du voyage qui protestaient contre l’arrestation de l’un des leurs. Rappelons-nous de ce coup de marteau dans les vitres de l’Hôpital Necker à Paris pendant les manifestations contre le pourtant authentique affront qu’a été la Loi « Travail » de 2016. L’auto-neutralisation de la lutte est, depuis quelques années, systématique, au plus grand bonheur des véritables responsables. Paroxysme de cette auto-neutralisation quand des routiers, victimes de ce même système, ont décidé à leur tour de bloquer les gilets jaunes pour leur faire payer le barrage de la journée.
    En combattant l’injustice des uns en en créant pour les autres, ces mouvements n’ont finalement pas une forme différente des discours d’un certain antiracisme qui recréent du racisme pour en combattre un autre. Il serait de bon ton de rappeler à certains que c’est en s’attaquant aux véritables responsables et non à vos alter-ego qu’on peut se targuer d’être un révolutionnaire. Un héritage que des « révolutionnaires 2.0 » invoquent pour minimiser les dérapages mais un héritage qui a accouché de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, cette dernière proclamant : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. » (Art. 4)
    Mesdames et Messieurs les gilets jaunes, la balle est dans votre camp et c’est dans le but de l’équipe adverse qu’il faut tirer.

  2. Patrick Nivet dit :

    Mobilisation des gilets jaunes ; un succès qui interroge

    Cette protestation est de toute évidence spontanée et profondément populaire, il est tout a fait saisissant que la gauche politique et syndicale reste pour l’essentiel sur le bord du chemin laissant la place libre à d’autres partis politiques ce qui d’ailleurs n’est pas toujours du gout des manifestants.

    Mais « la gauche » ou ce qu’il en reste a-t-elle encore une base populaire ?

    Sur le fond je crois qu’il faut retenir une immense confusion, car enfin ou sont les études scientifiques qui prouvent un rôle spécifique des voitures diesels sur la santé publique( cancers notamment) quand on sait que le diesel produit moins de co2 que l’essence ?
    Bien sur il n’est pas contestable que les particules fines pénètrent plus profondément les poumons ….mais les gens ne respirent pas directement les pots d’échappement des seules voitures diesels.
    Les études sur la pollution de l’air doivent tenir compte de tous les facteurs polluants de l’ozone au tabac(1) en passant par les émanations des centrales au charbon ou du chauffage au bois souvent promotionné au titre de l’écologie et /ou du développement durable ….

    Un professeur de pneumologie Parisien, le Professeur Aubier a été à mon sens injustement disqualifié sur le fond parce qu’il était à temps partiel ( ce qui est fort discutable)médecin du travail chez Total (?), quand il a souligné les limites d’études qui ne faisaient pas, la part des différents facteurs susceptibles de nuire à la santé publique…et notamment du tabac.
    Les autres médecins se terrent dans le silence de peur d’être trainés dans la boue des réseaux dits sociaux….et des féroces « écologistes ascientifiques »

    En fait je ne veux pas dire qu’il ne faut pas lutter contre la pollution de l’air mais savoir raison garder et plutôt que de punir les gens les plus modestes, promotionner des évolutions positives comme favoriser les transports en commun notamment ferroviaires électriques et pas seulement pour les personnes au revenu les plus faibles qui habitent loin de leur travail mais aussi et surtout pour les marchandises(2).
    Eviter la désertification de nos territoires avec le développement de la seule métropolisation.
    Il faut aussi limiter les transports internationaux et favoriser le développement local équilibré des pays, en évitant une trop grande spécialisation qui pousse aux échanges massifs avec le développement du transport naval et aérien très polluants eux aussi, beaucoup plus que les petites voitures diesels….

    Quand à la promotion des voitures électriques il faut éviter l’impasse sur la pollution qui accompagne la production des batteries électriques dans un petit nombre de pays dont la Chine qui pourrait envisager d’ être à l’avenir le principal producteur de ces voitures….sans compter que remplacer les moteurs thermiques par des moteurs électriques demanderait d’y consacrer au moins quatre centrales nucléaires en France ??? (3).

    A propos de la fourniture d’énergie, la France est exemplaire avec le nucléaire et l’hydroélectricité.
    Une patiente Polonaise me soulignait récemment qu’il n’en allait pas de même en Pologne ou les centrales à charbon assurent l’essentiel de la fourniture de l’électricité….un peu comme en Allemagne après la renonciation au nucléaire.
    L’air des villes y est effectivement de mauvaise qualité et les risques pulmonaires évidents à cause des pollutions croisées.

    Au bout du compte surtout pour les petits revenus il faut être incitatif(4) et le moins coercitif possible. On peut par contre taxer davantage les grosses cylindrées.

    Mais bon il faut comprendre qu’à l’heure des paradis fiscaux toujours aussi efficaces pour qu’une couche parasitaire survole l’intérêt général, les couches modestes protestent ou aient envie de le faire quand elles sont principalement misent à contribution….

    Dr Patrick Nivet
    Conseiller municipal de libourne délégué à l’hygiène ,à la santé et à la sécurité du personnel

    1)Monoxyde de carbone, dioxyde de soufre, dioxyde d’Azote, azote et particules fines….l’essence et le diesel conjuguant leurs efforts…

    2)J’étais par contre favorable à l’écotaxe qui devait rééquilibrer un peu le rapport avantages/inconvénients des transports routiers et ferroviaires en ne pénalisant que le premier très avantagé par son usage gratuit de beaucoup de routes .

    3)Article du Monde Diplomatique d’aout 2018 Guillaume Pitron « voiture electrique une aubaine pour la Chine »

    4)Gratuité des transports collectifs(depuis 2010) ou de l’utilisation des vélos comme nous le faisons à Libourne

    1. Sandro Hiracaz dit :

      Merci pour ton complément scientifique !

      Quand on parle d’énergies, il faut essayer de rester le plus possible dans le rationnel. A puissance égale, un moteur diesel émet moins de CO2 qu’un essence. Donc il contribue moins au réchauffement climatique car le CO2 est un gaz à effet de serre. A contrario, il émet plus de particules dont le nuage aurait même ralenti le réchauffement, par effet parasol : https://sciencepost.fr/2018/04/paradoxe-la-diminution-de-la-pollution-aux-particules-fines-devrait-temporairement-accentuer-le-rechauffement-climatique/

      Je m’inquiète aussi de voir certains politiques s’insurger brutalement contre le transport naval, qui est de loin le plus économique et le moins émetteur de CO2 à la tonne transportée par km. http://www.ac-grenoble.fr/ESVECE/spip.php?article174
      Effectivement, il y a un fort inconvénient sur la question des émissions de particules, notamment souffre, mais ne vaut-il mieux pas perdre sur 1 critère et en gagner sur 3 ?

      Même constat pour le nucléaire…

      1. Antoine dit :

        En effet, pour assurer une production électrique de base (c’est-à-dire continuellement disponible, pas seulement quand il vente ou qu’il y a beaucoup de soleil), nous n’avons pour l’instant que deux choix : brûler des hydrocarbures (gaz, charbon) ou scinder des atomes (uranium).

        Il est donc nécessaire, non seulement de maintenir notre engagement dans le nucléaire, mais de construire de nouvelles centrales si l’on veut faire migrer les transports progressivement vers l’électrique afin de réduire nos émissions de CO2.

  3. Fabrizio Tribuzio-Bugatti dit :

    Pour rappel, le dernier sondage plébiscite l’action des gilets jaunes, leur cause comme leurs moyens d’agir :

    « Plus les jours passent, plus l’adhésion des Français aux «gilets jaunes» progresse. 84 % des Français trouvent le mouvement justifié, selon notre enquête Odoxa-Dentsu Consulting réalisé avec Franceinfo. C’est 7 points de plus que lors de la dernière vague du 22 novembre, et 10 points de plus par rapport à la première mesure, du 16 novembre. «Ni les images de violences et de dégradations choquantes de ce week-end, ni surtout l’intervention d’Emmanuel Macron mardi n’ont permis d’atténuer le soutien au mouvement. Bien au contraire, il semble même que l’intervention d’Emmanuel Macron et ses annonces n’ont fait que renforcer la colère», analyse Gaël Sliman, le président d’Odoxa. Les sympathisants du Rassemblement national (96 %) sont ceux qui soutiennent le plus les «gilets jaunes», suivis des Insoumis (92 %) et des socialistes (90 %). L’adhésion tombe à 77 % chez les sympathisants Les Républicains. Les macronistes sont partagés: 50% trouvent le mouvement justifié, autant pensent le contraire. »

    On peut donc en tirer deux conclusions :

    Il n’y a aucun « agacement » de la part de la population, mais au contraire une large adhésion au mouvement, qui se diffuse même chez la droite libérale ou LREM. On est très proche de la constitution d’un bloc historique, ne manque que la conquête du pouvoir. En tout cas, il y a rassemblement de la volonté collective des gens, qui transcende les classes, ce qui est inédit en France.

    Un commentaire plus haut me fait tiquer : « Assez tôt dans cette journée qualifiée non plus de manifestation mais de blocage, un drame symbolique de ce monstre est survenu. »

    Outre la condescendance du propos, il faut rappeler que la justice est confrontée au problème de la requalification pour volonté de donner la mort, suite au visionnage d’une caméra de surveillance, ce qui met les gilets jaunes hors de cause. Quant à la sempiternelle subordination de la légitimité à la légalité, on rappellera simplement le sarcasme de Robespierre : « Messieurs, la révolution est illégale. »

    Plus de détails sur le site du Figaro ;
    http://www.lefigaro.fr/politique/2018/11/28/01002-20181128ARTFIG00245-gilets-jaunes-les-francais-adherent-de-plus-en-plus-massivement-au-mouvement.php

    1. Sandro Hiracaz dit :

      Désolé, mais il n’est pas question d’homicide volontaire (« sans intention de donner la mort ») :
      https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/savoie/conductrice-qui-ecrase-gilet-jaune-pont-beauvoisin-savoie-mise-examen-1577058.html

      Quant à l’absolution totale des gilets jaunes, un témoignage pourtant non partial indique qu’il y a eu deux blocages successifs, malgré un motif plus qu’acceptable (médecin) pour passer. Pas si « filtrant » que ça ce barrage. Le témoin dit également que « y’en a qui ont commencé à taper dessus » :
      https://www.youtube.com/watch?v=rsOE9_9cTm8&ab_channel=France3Auvergne-Rh%C3%B4ne-Alpes

      Bien sûr l’accélération est volontaire, mais qui peut dire que la situation est d’une pure rationalité ? Demandez-vous ce que vous auriez fait dans la même situation (avec votre enfant à bord ou même sans) pendant que 20 personnes secouent votre véhicule, demandez-vous si aucun stress ne vous parcourt.

      Je persiste et signe. Ce cas montre le manque de discernement et donc de confusion des luttes, non systématique évidemment, mais pas ponctuel non plus, de certains gilets jaunes. Le tout dans le cadre louche d’un barrage apparemment non déclaré mais avec des gendarmes « prévenus » selon le témoin.
      Maintenant si vous estimez que ce qu’il s’est passé est dans la droite lignée de l’attentat de Nice…

  4. Karl Peter Abel dit :

    Cela fait maintenant plusieurs semaines que les Gilets Jaunes occupent l’actualité de ce mois de novembre bien pluvieux. Il est normal qu’il pleuve abondamment en automne sur une grande partie de la France, sauf qu’il pleut ici le mépris et l’incapacité de compréhension d’une élite et de sa masse. J’appelle ici « élite » ceux qui constituent une pierre composant la pyramide du pouvoir, et « masse » les consommateurs qui sont soumis pour la plupart aux mêmes problèmes, mais sont incapable de mettre en veille, même quelques jours, leur désir de consommation. Ceux-ci râlent contre ces protestataires parce qu’ils doivent attendre quinze minutes ou une demie heure sur un rond-point, « ils nous emmerdent alors que c’est le pouvoir qu’il faut emmerder ! Il faut faire ceci il faut faire cela » disent-ils. Car en effet, il faut protester mais surtout ne déranger personne et surtout pas ceux qui, par leur passivité, finissent par servir de justification aux décisions d’un gouvernement. J’ai entendu sur LCI un député En Marche, ancien député de gauche agacé par l’opposition tenace et argumenté d’un Gilet Jaune, employé le terme « vos congénères » [1]. Depuis plusieurs semaines, j’entends l’ex-ami de Coluche, ancien « soixantuitard » devenu néolibéral, soutien indéfectible d’Emmanuel Macron, cinéaste dont les films n’intéressent personne (ce qui explique peut-être sa frustration), aligner idioties sur idioties, avec agressivité sur ce mouvement. Xavier Gorce, dessinateur mais chien de Bergé avant tout, ne semble pas capable de vivre plus de deux jours sans ouvrir son robinet de bile pour insulter ces pauvres qui le dérangent.

    Mais outre ce déversement de mépris de classe, ce qui frappe c’est cette incapacité des politiques, des médias et la plupart des intellectuels professionnels à comprendre ce qu’il se passe, de quoi ce mouvement est le nom. Ils ne comprennent pas son fonctionnement, son horizontalité, l’absence de leaders et de portes paroles fixes [2]. Par exemple, la délégation de représentants qui se sont rendu au ministère de l’écologie rencontré M. De Rugy, s’est auto-dissoute aussitôt quitté le ministère. C’est là une grande leçon de démocratie que le peuple français donne à ses notables. Mais cette leçon semble pour ces notables incompréhensibles. Comment pourrait-il en être autrement, ils ont une vision hiérarchique de la société, font la confusion entre « démocratie » et « représentation », considèrent que ce qu’ils appellent « démocratie » ce ne sont que des institutions standardisés et des procédures. Une « démocratie » qui serait mise en danger par le « démos », mais heureusement une élite éclairé est là pour sauver le « kratos » ! En fait, ce qu’ils appellent « démocratie » n’est qu’un système politique prétendument représentatif, qui a le contrôle du pays, s’occupe de sa « gestion », décide, à l’écart de la société et fonctionne de manière autonome.

    Il semblerait, dans un premier temps que les Gilets Jaunes, sont des Français qui sont en souffrance et décident de se reconstituer en peuple, politiquement actif, par opposition à une masse de consommateurs et usagers politiquement inerte. Ce phénomène ne donnera peut-être pas de « Grand Soir », mais aura nécessairement des suites à long terme !

    Sur les revendications, beaucoup remarquent qu’elles sont multiples, sociales et politiques… beaucoup de Gilets Jaunes sont dans une logique de remise en cause du régime représentatif et souhaitent une démocratisation de la société, permettant de remédier rationnellement et culturellement les problèmes. J’appelle « remédier rationnellement » à un problème le fait d’appréhender ledit problème comme il vient et de le résoudre concrètement. Hors, dans notre société ou la politique fonctionne à l’écart de la société de façon autonome, l’on a tendance à prendre les problèmes pour des solutions (croissance économique, technicisme, industrialisation, salariat, consumérisme, déracinement, standardisation, judiciarisation etc.). J’appelle « remédier culturellement » à un problème ce que la totalité des peuples enracinés font, avoir recourt à l’étude du passé et en conformité avec son héritage [3]. Nous sommes forcés de considérer que dans une société moderne et progressiste, sous l’emprise de ses institutions industrielles, il n’est jamais question de remédier aux problèmes, causés par lesdites institutions et les changements qu’ils impulsent, mais de préserver les institutions et l’ordre social établit. La pompe coulent le bateau, sauvons la pompe ! Si après avoir dansé, il ne pleut pas, ce n’est pas que la danse de la pluie est inefficace, mais parce qu’on a mal dansé !

    Plus qu’un problème à court terme, un ras le bol fiscal, un problème de gouvernement ou de majorité… c’est les limites d’un mode de civilisation aberrant de 3 siècles (ce qui est très court dans l’histoire), qu’exprime ce mouvement ! Et aucune des solutions proposées ne pourraient y remédier, ni les solutions économiques, ni les solutions politiques, ni sociales… elles souffrent d’une superficialité stupéfiante, tant qu’elles restent circonscrites dans le cadre républicain classique ! Ce sont des débats populaires de fond, des réflexions radicales permettant de mettre des mots aux maux qui frappent le pays ! Une recherche radicale pour fixer les limites, des redéfinitions de notions comme « habiter », « vivre », « travailler », « autonomie », « communs », « valeur et disvaleur », revoir notre esthétisme (redécouvrir le petit, le proportionner et cesser dans l’idolâtrie du « toujours plus »), nos rapports au temps, au passé, au présent, à l’avenir, à l’espace et repenser la « triade millénaire de l’homme, de l’outil et de la société ». Une voie qui ne peut-être qu’écologique, non pas l’écologie bourgeoise, mais profonde ! Les « non-alternatives » ferroviaires, moteurs hydrogènes, éoliennes etc. ne visent qu’à sauver le capitalisme et l’ordre établit et non rien de fondamentalement écologique ! En rien elles ne remettent en cause ni les structures sociales, ni les structures d’une économie basés sur la production de valeur d’échanges au détriment de la production de valeur d’usage, ni les perceptions et mode de raisonnement industriels.

    Cela passe par une prise d’autonomie, vis-à-vis des politiques, des institutions mais aussi vis-à-vis des intellectuels officiels, standardisés et certifiés, journalistes et rebellocrates, ces intellectuels organiques de la bourgeoisie ! De telles réflexions radicales seraient le fait « d’intellectuels du dimanche », explorateur du monde et des idées hors de l’étroit cadre scolaire ! Bien entendu, du point de vu des notables du régime et de leurs passifs « citoyens masses », il n’en est pas question !

    Le mouvement des Gilets Jaunes doit fixer des procédures, souples et aptes à être changés, mais solides, trouver des moyens de s’autonomiser vis-à-vis des institutions et du personnel politique républicains, du travail salariat et du régime industriel, et devenir le point de départ d’une longue révolution ! Dans notre cadre politique, intellectuel, culturel actuel, les problèmes soulevés par les Gilets Jaunes sont insolubles ! On ne peut faire le sacrifice d’une « révolution culturelle » [4].

    Pour ma part, la question est de savoir si ce mouvement peut-être le coup d’envois d’une crise, c’est-à-dire le moment d’un choix, ce sera une crise si les prisonniers du progrès acceptent de faire tomber les murailles de leur prison dorée.

    [1] La dernière fois que j’ai entendu ce mot sortir de la bouche d’un homme politique, c’était Bruno Maigret à propos d’une escarmouche opposant des banlieusards d’une cité à des policiers. Sinon, c’est en général en science naturelle, à propos d’animaux que l’on emploi ce mot !
    [2] Cela montre ainsi que contrairement à ce qu’en disent les « chiens de gardes », le mouvement des Gilets Jaunes est un mouvement structuré, organisé, dont certains membres ont étudiés l’histoire et les sciences politiques. Ils savent par exemple que sous l’influence des médias, les mouvements qui durant la guerre du Vietnam animaient les campus américains ont souffert de la médiatisation de portes paroles permanents.
    [3] En Ethnologie durant le XXème siècle, il a existé des débats entre une vision plutôt utilitaire de la culture, comme réponses au problème de la satisfaction des besoins primaires et les relations avec l’environnement, proposé par Branislaw Malinowski. Plusieurs décennies plus tard, Marshal Sahlins considérant que la culture comme une appréhension symbolique du monde « Parce que la nature est à la culture ce que le constitué et le constituant. La culture n’est pas simplement la nature exprimée sous une autre forme. C’est plutôt l’inverse : l’action de la nature se développe dans les termes de la culture, c’est-à-dire sous une forme qui n’est plus la sienne propre, mais réalisée comme signification » (Marshal Sahlin, au cœur des sociétés, 1980 p. 260) En d’autres termes, c’est la culture qui façonne les besoins, ce qui est considéré comme problème et l’attitude à avoir pour y faire face.
    [4] Non pas dans le sens de la folie maoïste, mais dans le sens Illichéen du terme, elle doit être aussi-bien institutionnelle que culturelle, qui remet en doute ces habitudes venues de ces 150 dernières années et qui ont déformés notre rapport aux choix et besoins et que l’on considère comme évidents et acquis. (Ivan Illich, Libérer l’avenir, Œuvre complète, Vol. 1, Fayard, Paris, 2004 p. 193)

  5. Antoine dit :

    Je tiens pour ma part à proposer l’analyse du blogueur Descartes ci-dessous :
    http://descartes-blog.fr/2018/11/18/gilets-jaunes-idees-noires/

    « […] cette parole ne peut prendre un caractère véritablement politique. En effet, les couches populaires qui constituent l’essentiel du mouvement ont bien compris que l’ensemble du champ politique est aujourd’hui dominé par les « classes moyennes ». L’expérience leur a montré qu’au-delà des discours qui visent à une récupération électorale, les organisations politiques qui se sont succédé au pouvoir, gauche et droite confondues, n’ont guère le souci de prendre en charge leurs problèmes. Vers qui se tourner donc ? Les syndicats ? Ces trente dernières années ont montré l’impuissance de l’action syndicale à peser sur les politiques. Les « populistes » ? L’effondrement du courant « social » du FN après le départ de Philippot a fait disparaitre cette alternative.

    C’est pourquoi ce mouvement m’apparaît autant comme une thérapie collective que comme un appel au secours adressé aux élites politiques en général. La foule des « gilets jaunes » ne dit pas aux élites « voilà ce que vous devriez faire ». Elle leur dit « nous souffrons, faites quelque chose ». Ce n’est pas un poujadisme qui dit « y a qu’a », c’est au contraire une exigence envers les élites de trouver une solution. Loin d’être anti-élites, le mouvement des « gilets jaunes » demande aux élites de faire leur boulot, de sortir de leur autisme et de se connecter à la réalité du pays. »

    D’où la question : que veut être Nation-République-Sociale ? Un club de rencontres et de discussion ? Un parti politique ? Autre chose ?

  6. Sapere Aude dit :

    A court terme, à mon avis, pas de réponse politique. Le mouvement s’est constitué hors des partis politiques et des syndicats, les gilets jaunes ne veulent pas être récupérés et quand ils le seront (par LFI, RN ou autres), ce sera la fin du mouvement. La réflexion devra donc se poursuivre après, car il est évident qu’Emmanuel Macron ne pourra pas apporter de vraies réponses à ce mouvement qui va à l’opposé de ses convictions (services publics préservés, fin des grandes métropoles et rééquilibrage des moyens vers les périphéries, etc). De surcroît, Macron n’a pas été élu par cette France périphérique en 2017, pourquoi leur ferait-il trop de cadeaux ? Enfin, a t-il réellement un pouvoir de décision alors que nombre de leviers de décision ne sont plus entre les mains de la France ?

    Du coup, c’est probablement un mouvement qui va péricliter en tant que tel, faute de leader et d’organisation. Mais ça ne veut pas dire que la colère sera mise de côté, au contraire, elle ressurgira de plein fouet en 2022. Et nous savons tous ce que ça veut dire à l’heure actuelle, vu que le PS est mort, LR en sommeil prolongé, LFI pas crédible, et LREM ne tenant que par Emmanuel Macron. Oui, RN peut rafler la mise, même si
    sa cheffe a été humiliée l’an dernier, mais tout le monde va partir de tellement bas.

    Pour le moyen terme, on peut élaborer des pistes en reprenant certaines revendications publiés par certains gilets jaunes.
    https://fr.scribd.com/document/394475082/Les-revendications-des-gilets-jaunes

    Certaines sont peu réalistes vu l’état du budget de l’Etat, ou trop vagues (« que des emplois soient créés pour les chômeurs »), d’autres qui tombent tellement sous le sens qu’on s’étonne qu’elles n’existent pas (pourquoi le fuel maritime et le kérosène ne sont-ils pas taxés, vu leur rôle dans la pollution mondiale ?).

    On peut retenir des axes principaux de revendications :
    – les impôts et le pouvoir d’achat
    – l’aménagement du territoire et la continuité du service public
    – l’attachement au modèle social français et au rôle important de l’Etat

    On notera qu’on reste dans des revendications sociales et jamais dans le sociétal (ce qui fait que quasiment aucun parti de gauche ne peut prétendre incarner ce mouvement).
    On voit aussi que dans cette liste, il n’y a pas de mouvement anti-écologique, mais au contraire des demandes d’application pratique (le grand plan d’isolation des logements)

    Je pense que si solution politique il y a, elle doit se concevoir dans des clubs de réflexion, pour pouvoir ensuite être reprises médiatiquement, puis dans des partis politiques. Ca semble long, mais regardez depuis 2005 et l’appel des Indigènes de la République, en 13 ans, leurs idées ont – hélas – infusé, mais ça prouve que c’est possible à condition d’avoir les bons relais.

    Il faut déjà des gros pôles de réflexion autour de l’aménagement du territoire, question qui a été négligée depuis des années.
    Que des personnes spécialistes de la matière fassent des bilans comptables synthétisés et chiffrés (nos élites aiment les notes rapides à lire, et les chiffres, surtout les chiffres, la religion de nos élites) de la fermeture des services publics de proximité : on économise certes tant d’euros au début, mais sur le long terme, ça fait perdre tant d’euros à la collectivité, ça crée tant de pollution pour aller à la Poste 10 km plus loin, ça a tel bilan en euro en terme de santé pour devoir aller à l’hôpital qui est maintenant à 50km…
    Je ne sais pas si de telles études existent, mais ça aurait un impact de pouvoir les rendre publiques médiatiquement, de manière simplifiée mais le plus inattaquable possible.

    Une partie des demandes s’enchaînerait à partir de ce point de départ : la fin de la métropole concentrant tous les pouvoirs et toutes les finances comme horizon indépassable,
    le retour des classes dans les petites villes et villages, le soutien à la production nationale… et ce jusqu’à la demande de souveraineté populaire et nationale (le Référendum populaire, même si les modalités
    doivent être discutées), la seule qui puisse nous permettre de nous dresser contre l’idéologie des élites.

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