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Pour une république souveraine laïque et sociale

Dévoiler l’Etat de droit, avec Marx et Illich (ce que peut signifier l’événement « Gilets Jaunes »)

Par Nadjib ABDELKADER, le 14 janvier 2019

Parmi les mots qui sont employés comme des totems, « croissance », « richesse », « démocratie », « Etat de droit » etc. ces deux derniers présentés comme indissociables. Pourtant, cette idée, qui peut sembler évidente, après examen ne l’est pas forcément. Deux penseurs fondamentaux (et incontournables) de notre ère, Karl Marx au XIXème siècle, Ivan Illich au XXème, ont porté un regard critique sur l’Etat de droit et son esprit. Nous allons tenter d’explorer ces réflexions et ces idées !

   Depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, un certain nombre de gens forcément très raisonnables, très cultivés, très intelligents et très profond, politiques professionnels, philosophes et intellectuels officielles certifiés, journalistes éditocrates, en appellent à la démocratie et l’Etat de droit. Ces prétendues valeurs, que l’on souhaite vertueuses, sont sensés fonctionner dans l’esprit des citoyens-sujets comme des sortes de mots fétiches destinés à faire baisser les tensions. Mais, il semblerait que ces mots ne fassent que très peu d’effet, les Gilets Jaunes semblent obéir d’avantage à la faim, au froid et au paupérisme, à leur condition de vie concrète (conditions matérielles chez Marx) qu’en de tels sermons. Un certain nombre de Gilets Jaunes, remettent carrément en cause le régime, son mode législatif et ses institutions etc., au grand dam de nos évangélistes cathodiques. Dans la rhétorique de ces derniers, se développe une vision de la politique, de la démocratie et de la société : la politique est la profession de spécialistes ou experts, forcément compétant maîtrisant une sorte de science de la politique au sein d’un système indépassable : la Vème République. 

   La démocratie serait le système représentatif qui fonctionne à l’écart de la société (au-dessus), prend des décisions concernant la société et son fonctionnement sans elle, de façon totalement autonome. Le mouvement des Gilets Jaunes, qui se veut citoyen, vient perturber ce beau mécanisme, qui produit des lois comme une usine produit des marchandises standardisés, élaboré par une technostructure pour satisfaire des prétendus besoins de consommateurs. Ces lois seraient, dit-on, basées sur la Raison, élaborée rationnellement, isolée de considérations morales ou religieuses. C’est l’ennemie, la morale et la religion, l’alliée est la Raison ! Mais quelle est donc cette Raison qui serait l’ingrédient magique de toutes bonnes lois ? Que se cache-t-il derrière ce saint « Etat de droit » ?

   Le trop méconnu, mais au combien fondamental Jeremy Bentham (1748-1832) nous offre les définitions les plus franches de la législation et de ses principes. Pour Bentham, en effet, une législation rationnelle, c’est un ensemble de lois conçus comme un réseau devant amener le citoyen consommateur à la recherche de son intérêt bien compris, la recherche du « bonheur ». Le bonheur n’étant que la différence entre la « quantité de peine » et la « quantité de satisfaction », qui se mesure grâce à l’argent. En d’autres termes, la loi doit former l’environnement d’une masse de consommateurs qui sont formés et incité à aller vers leur « bonheur » [1] ! 

   Marx, considérait Bentham comme un esprit médiocre, un « oracle philistin du XIXème siècle » et plutôt que de théoriser les lois sur des bases anthropologique qui ferait hurler de rire n’importe quel anthropologue, s’est acheminer à étudier l’esprit des lois au sein de la société bourgeoise. Docteur en philosophie, il a néanmoins commencé par le droit, afin de devenir avocat comme son père. Cette double compétence lui permit de voir avec acuité que loin de n’être que de simples règles de vie en commun neutres, les lois définissent également les hommes qui vivent dessous et leur vision de l’existence ! C’est ainsi que dans sa critique des droits, et des « droits de l’homme », il pointe le fait que ceux-ci définissent l’homme comme un simple propriétaire égoïste (puis aujourd’hui consommateur), et qu’ils ne sont que les droits de ceux qui correspondent à cette définition, droit de jouir égoïstement de leur propriété. Ceux qui ne correspondent pas à cette définition en sont exclus et n’ont pas de droits [2].

   Entre le 25 octobre et le 3 novembre 1842, il publiait dans la Gazette Rhénane (dont il était le rédacteur en chef) une série d’article sur une loi relative au ramassage de bois mort, voté par la Diète Rhénane. Par ladite loi, ceux qui se mettaient à ramasser du bois dans les forets, cet acte relevant de la subsistance devenait du vol ! Pour Marx, l’adoption d’une telle loi n’est en rien guidée par une recherche de justice, mais consiste plus en la recherche pure et simple de l’intérêt des propriétaires de forêts privées ! Ainsi, durant les débats sur ladite loi, alors qu’un député de la ville objecte contre la criminalisation du ramassage, qui est un droit coutumier immémorial, permettant aux familles les plus pauvres de subsister, un autre député lui répond que « dans sa région, ces fruits seraient passés dans le commerce et auraient été expédiés par tonneaux en Hollande ». C’est donc ici l’intérêt privé, des propriétaires de forêts et des marchands qui est favorisé sur la subsistance des pauvres. Ici, l’intérêt privé devient un argument fort qui justifie une réforme et une politique. Finalement, Marx observe et dénonce une mainmise sur le droit et l’Etat, par les propriétaires de forêts et les intérêts particuliers des classes supérieurs. L’institution de la Diète ne représente donc en rien la rationalité qui surplombe la société, pas plus que sa matérialisation, comme le disait Hegel. Encore jeune hégélien, Marx dénonçait cet état de fait : Les lois ne sont finalement que la représentation des intérêts particuliers et les institutions politiques un moyen de les imposer [3].

   Par la suite, il va remettre en cause l’hégélianisme, notamment sa vision politique. Chez Hegel, il existe une distinction entre « société civile » et « l’Etat » :

La société civile :

-La sphère du réel

-Les rapports sociaux dans la société, le travail, la production pour satisfaire ses besoins, la sphère des relations sociales. L’homme y est une personne privée. L’Etat :

-la sphère du rationnel

-La politique, la sphère des rapports publics, l’homme y est un citoyen.

   Marx pensait que chez Hegel, le rapport entre le « réel » et le « rationnel » est inversée. C’est le « rationnel » (l’Etat) qui domine le « réel » (la société civile) et le développement des idées, qui s’opère dans le rationnel, est un procès qui a lieu à l’écart du monde réel. Ainsi, chez Hegel, l’Etat est l’élément d’une rationalité universelle et toutes formes sociales qui sortent du cadre du politique, comme la famille, ne sont que des moments inférieurs [4]. Cette inversion du réel et de l’idéal, génère une opposition entre l’homme père de famille ou travailleur d’un côté, et le citoyen. C’est ce dernier qui dominerait le premier, et se veut solution des problèmes qu’il rencontre au sein du monde réel, mais dans le cadre d’un monde extérieur et transcendant. Ainsi, la politique ne résout pas les problèmes, mais les maintient seulement, en les transformant juste en contradictions globales entre monde supérieur et monde réel. C’est ainsi que la conception hégélienne de l’Etat est qualifiée d’ « idéaliste ». Enfin, s’opère une séparation entre d’un côté l’homme dans la société (socialisé) et le citoyen (politique) [5]. 

   Marx voit cela comme une aliénation, le peuple étant privé de ses droits, pourtant exprimés dans la conception hégélienne de l’Etat. Alors que la souveraineté devrait être le fait du peuple, ancré dans sa réalité matérielle, du fait que l’Etat est considéré comme une réalité extérieure à la société, Hegel pense que la souveraineté au sein le peuple est confuse. Ainsi, c’est le souverain qui, par sa nature empirique et individuelle, serait la conscience du peuple. Le rapport humain et social réel est mis de côté, en faveur d’un rapport de souveraineté abstrait et irréel, placé dans le monarque [6]. 

   Dans L’Idéologie allemande, avec son compère Engels, ils expliquent que l’organisation de l’Etat a toujours accompagné le régime de production. C’est ainsi que pour eux, l’Etat moderne contemporain, quel que soit sa forme (monarchie parlementaire, empire ou encore république) ne font que refléter les nouveaux rapports de force au sein de la société : l’hégémonie de la bourgeoisie, et s’y adapte. Aussi, la bourgeoisie contrôle les Etats, par la finance, les crédits et la dette publique et cette domination, du fait des structures de production est de fait inévitable. De là, l’Etat en tant que dispensateur du droit, devient à l‘image de la classe dominante (qu’il ne faut pas confondre avec la classe majoritaire) [7].

   C’est ainsi les lois sur les enclosures, dont l’affaire Gateward (1607) fut un tournant [8]. Durant l’époque des enclosures, alors que le droit coutumier est exprimé en des termes juridiques peu précis, afin d’inclure le maximum, l’on observe une technicisation du jargon juridique, qui exprime un processus d’exclusion du droit, à l’avantage des classes les plus élevés du royaume [9]. Depuis Gateward, les tribunaux anglais allaient dans le sens de « l’amélioration » (des moyens de production), contre la « préservation » (de l’habitat des pauvres ». Le droit allait, à partir de l’Angleterre, épouser cette nouvelle et étrange discipline : l’économie politique. C’est l’économie politique qui allait prendre la place de l’usage immémorial et de la subsistance, dans la justification d’un jugement, de la jurisprudence et d’une loi. Et ceux qui s’y opposaient et résistaient étaient qualifiés de « flibustiers » [10]. Et le nouveau régime anglais pouvait se montrer d’une extrême brutalité s’agissant de défendre le nouveau régime social, en témoigne le Waltham Black Act de 1723[11]. Dans le même temps, aussi bien en Angleterre que sur le continent, et notamment en France, les lois votées par les parlements représentatifs avaient pour but de protéger les moyens et activités et production et d’échange commerciale, du marché, de toute intervention politique (ce que nous appelons à notre époque « démocratique », ce qui, soyons en sûr aurait fait éclater d’effroi ou de rire Solon, Clisthène ou Aristote) [12].

   Le déclin des pouvoirs féodaux, allant de pair avec la monté en puissance du centralisme royal, des villes et de la bourgeoisie (donc de ses valeurs, son paradigme, sa culture), allait de pair avec ce que Marx appelait « l’accumulation primitive du capital » ou qu’Ivan Illich appelait « la guerre contre la subsistance ». Durant la rédaction du Capital, Marx observait qu’à partir du XIVème siècle, les lois allaient dans le sens d’un renforcement des pouvoirs des acheteurs de force de travail, au détriment des vendeurs. Par exemple, en Angleterre, l’on fixait un salaire maximum, mais en aucun cas un salaire minimum, avec lourdes sanctions pour qui accepterait un salaire surpassant ce maximum légal. Cette interdiction allait de paire avec celle d’offrir un salaire au-delà de ladite limite. A partir de 1360, on autorisa l’usage de la violence physique pour faire travailler un vendeur de force de travail à moindre coût [13]. Dans la continuité de ce mouvement, à partir d’Henri VII, après avoir organisé l’achat de force de travail, l’on allait crescendo dans la férocité de la répression des pauvres, accroissant les pouvoirs des notables locaux. La répression de la pauvreté et du vagabondage  redoublait encore de brutalité, jusqu’à la mise à mort ou la mise en esclavage de qui ne travail pas. La loi témoignait et consacrait de l’importance de la fonction de production au sein de la société postféodale [14].

   Dans les années 1970, Ivan Illich pointait les ravages de la société industrielle et rédigeait sa postface XXX. Il avait remarqué que sous l’influence de l’industrie et de son rapport au monde et à l’existence, le langage se retrouve dégradé ! Sa critique du droit rejoint sur les grandes lignes les critiques de Marx, mais lui va plus en profondeur dans le problème : il ne pointe pas uniquement une classe et le système de propriété privé, mais le mode de production industriel, ses « outils » et « institutions » démesurés qui nuisent aussi bien à l’habitation des hommes, qu’aux hommes eux même (société et individus). Néanmoins, chez Illich, cette perversion du droit est liée à celle du langage et du savoir ! 

   Il constatait que l’argument de la « science » vise à empêcher tout débat politique, comme s’il existait une « science de la politique », comme l’affirment les éditocrates. Le terme « science » tel que nous l’entendons ne consiste plus qu’en une entreprise institutionnelle, une série de casse-tête, et non plus comme une démarche personnelle de recherche du savoir et de la compréhension : « l’imprévisible déploiement de la créativité humaine ». Il pointe de graves dommages que ce contresens produit sur la nature du savoir ! Cette perversion de la science est basé sur les croyances que :

• Il existerait un savoir supérieur (de la science, objectif, scientifique, répandu par des portes paroles experts, considérés comme stockable et assimilable, comme une ressource ou un capital)

• Il existerait un savoir inférieur (de l’individu, de l’ordre de l’opinion, subjectif, dont le « progrès » n’aurait que faire)

Il pointe également une double intoxication :

• La croyance en un avenir meilleur, faisant que les hommes cessent de se fier à leurs propres jugements et demandent qu’on leur dise la vérité sur ce qu’ils savent déjà.

• La croyance en une meilleure prise de décision, faisant perdre confiance en son propre pouvoir de faire soi-même !

   Cette impuissance de l’individu à décider seul, qui va crescendo, affecte jusque la décision de son attente. C’est ainsi que ceux qui ont « désappris » à reconnaître leurs propres besoins deviennent dépendant d’une « mégamachine », qui défini à leur place leurs propres besoins et donc revendications. Les individus perdent ainsi leur pouvoir et capacité à contribuer d’eux même au « renouvellement continu de la vie sociale », engendrant une méfiance à l’égard de la parole (d’autrui). On s’accroche à un « savoir supposé » :

« Le vote remplace la palabre, l’isoloir la terrasse de café. Le citoyen s’assoit face à l’écran et se tait. » [15]

   Les règles du sens commun anéanti, l’usager est rassuré à l’idée de lire le même journal que son voisin et regarder le même programme télévisé que son patron. Et ainsi :

   « Il se contente d’avoir accès au même robinet de savoir que son supérieur, plutôt que de cherche à instaurer l’égalité des conditions qui donneraient à sa parole le même poids qu’à celle du patron » [16]

   Cette dépendance intériorisé et considérée comme allant de soi, à l’égard d’un savoir hautement qualifié (scientifique, technique et politique) dégrade la confiance en soi et en ses propres opinions. Et c’est ainsi la prise de pouvoir de « l’expert » qui finalement détruit la politique ! En effet, celui-ci ne représente pas le citoyen, mais est un membre à part entière d’une élite, qui tient une autorité basée sur la possession d’un savoir non-communicable ! Seulement, ce savoir ne lui donne aucun aptitude supérieure à définir des limites, qui ne peut se définir que démocratiquement !

   « La science peut mettre en lumière les dimensions de l’homme dans le cosmos. Mais il faut une communauté politique d’hommes conscients de la force de leur raison, du poids de leur parole, du sérieux de leurs actes, pour choisir librement l’austérité [17] qui garantira leur propre vitalité » [18]

   Concernant le « langage », il observe que les verbes deviennent substantifs et l’imagination social s’appauvrit : les verbes devenant substantifs, ne désignent plus qu’une relation de passivité, l’ « avoir », avec ce qui était fait activement (« travailler » devient « avoir un travail ») et ne désigne plus une relation avec un outil ou une institution, mais avec ce qu’ils produisent. A mesure que le champ du « faire » se réduit, l’usager-consommateur réclame des produits dont il se dit propriétaire. L‘usager est soumis au monopole d’un seul mode de production et perd tout sens de la pluralité des styles et d’ « avoir » [19]. C’est ainsi que pour Castoriadis citant Aristote « le citoyen est celui qui sait gouverner et être gouverné » et le seul moyen d’apprendre à gouverner, du fait qu’il n’existe pas de « science » du gouvernement ou de la « gouvernance » (comme on dit dans certains cercles) c’est en gouvernant [20] ! Hors aujourd’hui, dans le régime représentatif, le citoyen devient un usager qui est dans la culture de la « revendication », de la « réclamation de droits » comme un consommateur demande un certain nombre de produit à son fournisseur, et non un citoyen actif [21].

Derrière ces discours prétendument rationnels et raisonnables, ne se cache finalement que la défense masquée d’un certain nombre d’intérêts et du maintien d’un ordre établi. Un ordre qui s’est bâti par l’usage de la plus extrême brutalité envers ceux qui allaient lui être sacrifié, et s’est imposé non contre le pouvoir aristocratique, mais d’abord contre la subsistance autonome des pauvres (l’aristocratie réussissant finalement à trouver une bonne place au sein de ce qui serait alors appelé « l’ordre bourgeois » via une conversion aux affaires et autres unions). Les nouvelles organisations politiques (monarchies constitutionnelles, empires ou Etat-nation républicaines) succédant aux monarchies absolues ou cherchant à l’être, ne semblent n’avoir été rien d’autre que des « outils » de domination d’une élite, jouissant de la matérialisation de son étrange rapport au monde.

 Lorsque l’on parle de « droit » ou « Etat de droit », il convient alors de poser un certain nombre de questions : « de qui ? Comment ? Pourquoi ? Quel esprit ? Quelle société ? etc. » et d’en débattre entre citoyens, car le « droit » n’est ni bon ni vertueux, ni démocratique par nature.

Ce que nous appelons « la crise des gilets jaunes » est une chance d’entamer un virage intellectuel historique indispensable afin d’éviter la catastrophe (sociale et culturelle, déjà bien entamée et écologique et politique). Les forces intellectuelles orthodoxes et académiques établis et certifiés, en dehors de certains individus qui sortent des règles, sont inaptes et impuissantes à remettre en cause le monde et l’imaginaire dont elles sont issues et dont elles tirent leur notabilité et autorité ! Mais cela part d’une rébellion contre les idées dominantes (vision progressiste de l’histoire, croissance économique, une certaine vision excluante de l’universalisme), et ses institutions (l’école, l’université, les médias, les institutions politiques et économiques), sans pour autant tomber du côté pile de la même pièce (réaction, privation, étroitesse d’esprit et vision cliché figée des pluralités). Cette rébellion consiste en rejeter les illusions et faux semblants, pour se lancer réellement en quête des savoirs, compréhension du monde et des autres, non sans rigueur et sans éthique, dans le but d’une recherche d’amitié. 

Certaines choses intéressantes ont lieux, des relations se tissent sur les ronds points, des débats sont organisés et il faut les encourager, par exemple en y participant, y apporter son enseignement. On peut imaginer des personnes comme Jean Gadrey, Jérôme Maucourant, Fréderic Farah, Thierry Paquot, Serge Latouche, Christian Laval, François Jarrige et tant d’autres participer à des rencontres débats ou mettre à disposition les moyens techniques dont nous disposons aujourd’hui via le Net.

Déjà, dans les émissions des chaînes infos, des portes paroles, humbles citoyens, artisans, salariés, chômeurs, petits entrepreneurs, montrent que quand ils prennent le temps d’étudier et s’informer (temps que d’habitude ils n’ont pas forcément), ils sont non seulement à la hauteur des débats, mais surpassent en compétence et intelligence intellectuels, représentants ou journalistes.

   Mais cela pose une remise en cause plus radicale (c’est-à-dire à la racine) de nos rapports à l’espace, au temps, au milieu, à l’habitat, aux capacités de faire, au « travail », aux « outils », aux échelles et limites etc., pour ensuite d’opérer une « recherche radicale » afin de rechercher les « équilibres multidimensionnels de la vie d’un humaine ».

 

Notes

 [1] Christian Laval, L’Homme économique : Essai sur les racines du néolibéralisme, Gallimard, coll. Nrf essais, 2007 p. 293 à 303

[2] Karl Marx, Sur la question juive, https://www.marxists.org/francais/marx/works/1843/00/km18430001a.htm 

[3] Karl Marx, Débats sur la loi relative au vol de bois, art.cit., La gazette Rhénane, n°298, 3 novembre 1842, paru dans Daniel Bensaid, les dépossédés, La Fabrique, Paris, 2007 

[4] Jean Yves Calvez, La pensée de Karl Marx, Le Seuil, Paris, 1978 p. 94 et suiv.

[5] Ibid., p. 95

[6] Ibid., p. 95 et suiv.

[7] Karl Marx, Frederich Engels, L’idéologie allemande, p. 21 et suiv. 

https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000.htm

 [8] Robert P. Marzec, An ecological and post-colonial study of literature from Daniel Defoe to Salman Rushdie, ed. Palgrave Mc Millan, New York, 2007, p. 12 et suiv.

Affaire opposant Stephen Gateward au propriétaire de terre close, Robert Smith. Gateward défendait le droit des villages les plus pauvres des environs de Stixwold, dans le Lincolshire. Le défenseur plaidait le droit collectif dans la ville de Stixwold, mais a été débouté car il occupait une maison sur laquelle il n’avait aucun droit, dont il n’était juste qu’un simple occupant. Les juges décidèrent que « personne ne peux avoir accès à un bien collectif en raison d’une maison qui ne lui confère aucun droit ».

 [9] Edward Palmer Thompson, Les Usages de la coutume, Traditions et résistances populaires en Angleterre (XVIIe-XIXe siècle), Traduit par : Jean Boutier, Arundhati Virmani, Gallimard et des Éditions du Seuil, Collection Hautes Etudes, Paris, 2015 p. 195 et suiv.

[10] Ibid., p. 193 à 200, 227

[11] Edward Palmer Thompson, La guerre des forêts, Luttes sociales dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, trad. Christophe Jaquet, La Découvert en collection Futurs antérieurs, Paris, 2014 p. 18 et suiv. 

   « Devenait passible de la peine de mort « toute personne armée d’épée, d’arme à feu ou de toute arme offensive, ayant le visage noirci » qui se trouvait dans toute forêt, chasse, parc ou terrain clos « où l’on garde habituellement ou pourrait garder un ou plusieurs cerfs » ainsi que toute garenne, grand-route, lande, terrain communal ou colline […] ces délits étaient sanctionnés de la peine capitale si les personnes coupables étaient armés et déguisés […]couper un arbre planté dans une allée ou poussant dans un jardin […] Une clause précisaient en outre que si quelqu’un était ainsi accusé, sur la foi d’une information, jurée par des témoins crédibles et renvoyée devant le Conseil privé, alors, s’il était finalement appréhendé, il pouvait être présumé coupable et condamné à mort sans autre forme de procès.

   Il y avait un certain nombre d’autres clauses destinées à accélérer la procédure légale, et qui ignoraient la procédure coutumière et les droits de la défense de la personne accusée. »

[12] Karl Polanyi, la Grande transformation, Aux origines politiques et économiques de notre temps, trad. Catherine Malamoud & Maurice Angeno, édition Gallimard, Paris, 1983, re-édit. 2009 p. 306 à 310

[13] Karl Marx, Le Capital, trad. Jean Pierre Lefebvre, Quadrige, Paris, 1993, p. 830

[14] Ibid., p. 826 à 828

[15] Ivan Illich, La convivialité, parue dans Œuvres complètes, volumes 1, Fayard, Paris, 2004 p. 552 à 554

[16] Ibid., p. 554

[17] Il convient de définir le terme « austérité » afin d’éviter tout malentendu : loin d’être le fait de s’isoler ou se renfermer sur soi, Illich évoque au début de son livre l’austérité d’Aristote et de St Thomas d’Aquin, qui se fonde sur l’amitié. St Thomas la défini comme une « vertu qui n’exclu pas tous les plaisirs, mais seulement ceux qui dégradent la relation personnelle » Ibid., p. 457

[18]Ibid., p. 554

[19] Ibid., p. 557 et suiv.

[20] Cornélius Castoriadis, « stopper la monter de l’insignifiance », Le monde diplomatique, Aout 1998 : https://www.monde-diplomatique.fr/1998/08/CASTORIADIS/3964 

[21] ce qui pose aussi de fait la question du « travail » et du « salariat », ainsi que du régime « industriel ».

 

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