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Pour une république souveraine laïque et sociale

REFLEXIONS ET PROPOSITIONS SUITE A LA SITUATION EN ARMENIE ET EN ARTSAKH (après le 10 NOVEMBRE 2020)

Par Hubert Sage, Président de Laïcité et République Sociale, le 29 novembre 2020

RECAPITULONS BRIEVEMENT 

L’ARMENIE et l’ARTSAKH ont été vaincues militairement par l’AZERBAIDJAN, du fait de sa grande supériorité militaire et de l’important soutien de la TURQUIE, qui n’a pas hésité à envoyer sur le front des djIhadistes venus de SYRIE.

Bien que Liée à l’ARMENIE par un traité de défense ne couvrant pas le territoire de l’ARTSAKH, La Russie s’est abstenue d’intervenir militairement, Tout au plus elle s’est imposée en faisant signer un accord de cessez le feu entre les deux parties, et a déployé une force militaire d’interposition pour faire respecter le cessez le feu.

La France, pourtant partie prenante des négociations dans le groupe de contact dit de MINSK, est restée neutre (cf les déclarations de LE DRIAN), laissant l’AZERBAIDJAN vaincre l’ARMENIE. N’étant pas intervenue, elle est donc pour l’instant exclue de la suite du règlement de l’armistice, sauf qu’elle a théoriquement encore le pouvoir d’intervenir dans les négociations du futur statut de l’ARTSAKH. 

Désormais, une constatation évidente : rien ne pourra être fait qui pourrait aller à l’encontre des intérêts de la RUSSIE, même a minima. Il faut tenir compte de cette situation pour tout projet d’avenir.

QUE FAIRE MAINTENANT POUR L’ARMENIE ET L’ARTSAKH ?

DEFINIR D’ABORD L’OBJECTIF A ATTEINDRE

 Soit essayer de quémander un statut particulier a minima à l’AZERBAIDJAN  du style « autonomie interne culturelle » pour l’ARTSAKH, soit agir en vue d’une indépendance  lointaine de l’ARTSAKH même à l’intérieur de frontières réduites. La revendication d’un éventuel statut d’autonomie a minima pour l’ARTSAKH n’est pas pensable pour 3 raisons : d’abord les habitants de l’ARTSAKH ont fui en presque totalité leurs terres ancestrales pour se réfugier en ARMENIE ; puis un statut particulier ne peut être instauré et être viable sous un régime totalitaire tel celui qui prévaut en AZERBAIDJAN, avec une population azérie ayant montré amplement dans un passé lointain et récent sa haine des Arméniens ; enfin, ça serait une injure faite aux milliers de morts arméniens qui ont combattu pour leur liberté.

Si l’indépendance de l’ARTSAKH reste un but immuable à atteindre même dans un avenir lointain, il est indispensable le gouvernement arménien ne capitule pas devant l’adversité (même sous des pressions multiples) en essayant de négocier un statut particulier pour l’ARTSAKH, mais au contraire réclame sans cesse une indépendance pour l’ARTSAKH même sur des frontières réduites.

PUIS RAISONNER EN FONCTION DES INTERETS DE LA RUSSIE

Quels peuvent être les intérêts de la RUSSIE ?                                                                                  

Certes d’abord consolider sa présence permanente au Sud Caucase, donc en ARMENIE et en ARTSAKH (en particulier par des bases militaires, mais aussi des traités économiques).   

 Mais aussi  elle peut être sensible à des reconnaissances territoriales multiples  de la part des états européens en sa faveur: et là nous voyons bien l’obligation, d’ailleurs légitime à tout point de vue, de reconnaitre la CRIMEE comme partie intégrante de la RUSSIE, puisque cela correspond au principe du droit des peuples à disposer d’eux même, principe que nous revendiquons d’ailleurs pour la reconnaissance de la république d’ARTSAKH : un référendum en CRIMEE a validé cette volonté de rattachement à la RUSSIE de ce territoire,  peuplé très majoritairement de russes. Il en est de même de l’indépendance de l’ABKHASIE et de l’OSSETIE du SUD (soutenue par la RUSSIE) qui refusent d’être sous l’autorité de la GEORGIE.

La reconnaissance du rattachement de la CRIMEE à la RUSSIE et de l’indépendance de l’ABKHASIE et de l’OSSETIE du SUD  est  une pièce maitresse de la part des états européens dont la France pour faire accepter par la RUSSIE l’indépendance de l’ARTSAKH (et donc pour que celle-ci l’impose à l’AZERBAIDJAN).

ENFIN, QUELS PEUVENT ETRE LES MOYENS D’ACTION POUR ABOUTIR A CES OBJECTIFS ?

Il est nécessaire de distinguer 2 sortes de moyens 1/ la pression de l’opinion sur les gouvernements dont celui de la France pour porter ce projet 2/puis  la pression des états européens dont celui de la France vis-à-vis de la RUSSIE, mais aussi bien entendu pression pour l’imposer à l’AZERBAIDJAN et à la TURQUIE.

 

LA PRESSION DES OPINIONS EN FAVEUR DE L’ARMENIE ET DE L’ARTSAKH

Elle est indispensable pour que le combat en faveur de l’ARMENIE et de l’ARTSAKH ait une chance de succès. Et elle doit débuter dès maintenant sans jamais s’arrêter, voire s’intensifier dans le temps et dans l’espace. C’est le devoir des organisations arméniennes et de tous les citoyens français qui soutiennent la cause arménienne.

  –  D’abord faire connaitre les exactions des Azéris sur les militaires et civiles arméniens dans cette guerre, et sans cesse par tous les moyens (vidéos, films, conférences, etc..), sans oublier de parler du génocide perpétré par leurs alliés turcs en 1915                                                               

– Puis faire connaitre les destructions du patrimoine culturel de l’ARTSAKH qui ne manqueront pas d’intervenir à grande ou petite échelle comme ce fut le cas précédemment au NAKHITCHEVAN                                                                                                                                                  

Pour cela il faudra multiplier les recours aux instances internationales comme l’ONU, l’UNESCO, le TPN, la CEDH, le Conseil Européen, etc….

Pour ce qui est de la France, mais cela est aussi valable pour d’autre états à forte concentration de descendants d’exilés arméniens comme les USA, le Canada, l’Amérique latine, les pays belge et néerlandais, la pression doit s’exercer sur les gouvernements et les parlements. Par exemple : refuser de voter quoi qu’il en coute pour des candidats qui ne s’engagent pas à faire reconnaitre l’indépendance de l’ARTSAKH, intervenir systématiquement dans leurs meetings, proposer à tous les organes régionaux et locaux des états le vote en faveur de la reconnaissance de la république de l’ARTSAKH. Et ne pas céder à la lassitude, au découragement, et continuer d’agir de mois en mois, d’année en année.

Pour ce qui est spécifiquement de la France en plus, il serait judicieux comme moyen de pression de  réclamer également sans cesse le départ de la TURQUIE de l’OTAN ou la dissolution de cet organisme à cause de la présence de la TURQUIE.

LA PRESSION DES ETATS, DONT CELUI DE LA FRANCE, DU GROUPE DE CONTACT DE MINSK, ABSOLUMENT NECESSAIRE POUR ARRIVER A NOS FINS

D’abord, refuser tout règlement ultérieur et définitif sans la reconnaissance de l’indépendance de l’ARTSAKH, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Cette pression doit comporter des éléments coercitifs efficaces et au fur et à mesure, des propositions réalistes, aussi bien en direction  de l’AZERBAIDJAN et de la TURQUIE que d’une certaine manière de la RUSSIE.

Les éléments coercitifs doivent comporter en premier lieu tout moyen de sanctions voire de blocus économique de l’AZERBAIDJAN et de la TURQUIE.    

Mais il faudra élargir aussi ces moyens coercitifs au règlement de la question de CHYPRE, en suspend depuis 1974 à la suite de l’invasion  d’une grande partie du territoire de l’ile de CHYPRE (environ le tiers du territoire) par l’armée turque, qui fut suivi d’une colonisation à outrance (plus de la moitié des habitants de la république turque autoproclamée de Chypre du Nord ne sont pas maintenant originaire de l’ile mais du continent). Le blocus économique de cette partie de l’ile doit être aussi envisagé pour aboutir à un règlement global.

Si la reconnaissance de cette république turque de CHYPRE est envisageable face à la reconnaissance de la république de l’ARTSAKH, celle-ci ne pourra se faire qu’après la restitution d’une partie non négligeable de son territoire à la république grecque de CHYPRE (ne pas oublier que la région occupée de KYRENIA au nord de CHYPRE n’avait que 5% de population turque contre 95% de population grecque avant l’invasion).

UN ELEMENT PEUT-ETRE A PRENDRE EN COMPTE POUR LA RECONSTITUTION DE LA REPUBLIQUE DE L’ARTSAKH SUR SES TERRES ANCESTRALES

Nous avons tous remarqué l’engagement dans l’armée arménienne  pour la défense de la république de l’ARTSAKH des membres des populations kurdes (qui sont plusieurs dizaines de milliers dans l’ARMENIE dont les kurdes yézidis) et assyro-chaldéennes. En plus beaucoup de kurdes vivent dans le couloir de LATCHIN qui relie l’ARTSAKH à l’ARMENIE. Ne serait-ce pas le moment de proclamer la république de l’ARTSAKH, donc comprenant obligatoirement le couloir de LATCHIN, république intercommunautaire d’arméniens, de kurdes et d’assyro chaldéens ? Ce serait sans aucun doute un élément important de plus pour l’opinion internationale de s’engager à soutenir cette république de l’ARTSAKH.

UNE VOLONTE INEBRANBLABLE DE SOUTENIR LA RESURRECTION DE LA REPUBLIQUE DE L’ARTSAKH, ELEMENT INDISOCIABLE DE LA CAUSE ARMENIENNE

Cette volonté inébranlable, il faut la proclamer. Elle est liée en plus à la volonté de donner un coup d’arrêt à la politique impérialiste panturque menée au nom de l’islamisme par ERDOGAN qui continue pour ce faire de persécuter les kurdes de SYRIE et de TURQUIE de l’EST qui revendiquent un statut protecteur d’autonomie, et de menacer la GRECE.

Qui s’engage à proclamer cette volonté inébranlable ?

Commentaires. Par Faouzia Gariel-Menouni 

Il eût été utile de faire un bref rappel historique du rattachement de l’Artsakh à l’Azerbaïdjan dans le cadre des politiques de nationalité conduite par Staline, puis son maintien après la chute de l’URSS en 1990, à l’origine d’une première guerre dans cette région. 

La politique de soutien de l’Azerbaïdjan par Erdogan n’est pas justifiée par l’islamisme, mais uniquement par le panturquisme au nom de la réunification des peuples turcophones. Le génocide des Arméniens et Assyro-chaldéens a été programmé par les Jeunes Turcs au nom de l’épuration ethnique de la Turquie ottomane. On notera cependant que la persécution des Ouïghours, pourtant turcophone, par le régime communiste de Pékin ne figure pas dans l’agenda politique d’Erdogan, pas plus que l’Ouzbèkistan ou le Tadjikistan. Son soutien à l’Azerbaïdjan est intimement lié à la haine qu’il voue aux arméniens. 

Par ailleurs le boycott de tout parti n’inscrivant pas dans son programme l’indépendance de l’Arstakh, risquerait fort bien d’être rejeté sur le plan politique. 

A aucun moment l’article ne mentionne la solution qui semble la plus viable sur le plan politique, à savoir le rattachement de l’Artsakh à l’Arménie au nom du principe de l’autodétermination des peuples. 

Enfin, la question des minorités du Caucase rattachées à la Géorgie comme l’Ossétie et l’Abkhazie, ne sont pas de même nature que la question Chypriote, Si les premiers sont le produit d’un découpage historique dans le cadre d’un vaste empire, la seconde est le produit d’une invasion que la communauté internationale a entériné !

3 commentaires

  1. Hubert SAGE dit :

    Le rattachement de l’ARTSAKH à l’ARMENIE n’est pas souhaitable à l’heure actuelle. Si l’ARMENIE l’avait faite depuis 32 ans, le succes militaire actuel de l’AZERBAIDJAN aurait ainsi entériné une seule modification de frontières et aurait obéré bien plus pour l’avenir toute revendication de récupérer l’ARTSAKH. Seule une lutte pour la reconnaissance de l’ARTSAKH a des chances de réussi dans le contexte international. C’est d’ailleurs le débat qui avait eu lieu en ARMENIE depuis 32 ans Et maintenant l’échange rrépublique de Chypre du Nord contre république de l’ARTSAKH est pensable

    Hubert SAGE

  2. Hubert SAGE dit :

    De plus le rappel historique depuis STALINE de la politique des minorités dans le Caucase est certes intéressante mais n’a pas d’intéret pour récupérer l’ARTSAKH par l’ARMENIE pour l’avenir

  3. cording1 dit :

    On ne fait de la politique qu’à partir des réalité.
    1) du fait de la dissolution de l’URSS se pose la question de l’Artsakh qui se situait en territoire azéri.
    2) le droit des peuples contre le droit international pose des questions difficilement soluble
    3) Doit-on respecter les frontières issues de la dislocation de l’URSS ?
    4) L’Arménie et l’Artsakh se sont réunis de fait, et non de droit suite à une guerre de conquête entre 1988 et 1994
    5) Ces derniers se sont endormis sur leurs lauriers pendant 26 ans sans vraies négociations en position de force avec l’Azerbaïdjan pour obtenir des modifications territoriales en leurs faveurs.
    7) Ils n’ont pas vu venir le conflit qui s’est terminé par une défaite cuisante limitée malgré tout par l’intervention et médiation russe
    8) Ils devront dorénavant compter sur une hypothétique alliance russe, elle se contentera d’être arbitre pour rester présent et influent dans le Caucase.
    9) Ils ne doivent d’abord compter que sur eux-mêmes. L’appui et l’aide internationale que N&RS leur apporte comme tant d’autres ne sera pas décisif.
    10) Deux possibilités : entériner les pertes territoriales et se replier sur ce qu’il reste ou préparer la revanche et reconquête de tout ou partie des territoires perdus par un réarmement massif et un moment de faiblesse de l’Azerbaïdjan.

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